IO IDYLLES HEROÏQUES
Le rameau d'or cueilli par Virgile et par Dante; Entre ces deux lauriers s'exerçait à choisir, Et sur les grandes morts il pleurait de désir.
Le jour, filtrant par goutte aux voiàtes des allées,
Sème de diamants les mousses constellées,
Et, jaspant de vermeil le tronc du chêne obscur,
Fait sourire, à ses pieds, la pervenche œil d'azur.
C'est midi ; la forêt croise en détours sans nombre
Ses chemins, clairs sillons tracés sous des flots d'ombre.
Au hasard l'enfant marche, absorbé tout entier
Dans son rêve sans terme ainsi que le sentier.
Bientôt avec l'odeur qui sort de chaque tige.
Il subit du printemps l'invincible vertige,
Les folles visions, voltigeant par essaims,
Rompent en lui le fil des austères desseins.
Parti du Capitole, épris des vieux trophées,
Le mobile songeur s'égare chez les fées.
Il touche à ces jardins où s'endort la raison
Sous d'attrayants rameaux dont l'ombre est un poison.
Un murmure joyeux l'invite! il va sans crainte,
Il fait un dernier pas vers le noir labyrinthe.
Mais, tout à coup, tenant une rose à la main, Grande et belle une femme a barré le chemin. Au doux vent de ses pas la feuille à peine bouge, Et s'embrase aux reflets de son vêtement rouge ; Le concert de sa voix, des grâces de son corps. De ce printemps perfide étouffe les accords; Elle parle et sourit, l'éclair de sa paupière Brille et du ciel ardent éclipse la lumière.
B E ATRIX.
Reconnais-moi! je donne au cœur des ailes d'or. Nul à ces grands sommets dont tu cherches la voie N'atteindra si mes yeux n'éclairent son essor.
J'apporte à mes élus la force dans la joie;
Et, sous des noms divers, je viens pour eux du ciel,
Leur frayant le retour vers le Dieu qui m'envoie.
Je suis la Béatrix aux paroles de miel. Révélant les secrets du bienheureux empire ; J'y prépare, à qui m'aime, un laurier éternel.
Beaux combats et beaux vers, c'est moi qui les inspire.
Ayant dit, à l'enfant elle adresse un regard Qui dans le vif du cœur pénètre comme un dard, Et, sur ce front tremblant, d'un doigt calme elle applique La rose préparée à ce baiser mystique.
Soudain, les lits de mousse et l'églantier vermeil, Le chêne aux feuilles d'or miroitant au soleil, Les magiques appels des fleurs et de la brise. Ces doux pièges des bois par qui l'âme est surprise, Toute la terre, enfin, disparaît. Le rêveur, Saisi par Béatrix dans ce baiser sauveur, Plus haut que la nature, en son essor paisible, Monte et ses yeux guéris s'ouvrent sur l'invisible.
Il voit le paradis, le bonheur des élus Embelli, ce jour-là, par un amour de plus.
212 IDYLLES HEHOl Q U E S
Une âme y vient de naître, une vierge innocente, Gardant du sein de Dieu l'empreinte éblouissante, Rayonnante à la fois de force et de douceur. Pareille à Béatrix comme une jeune sœur. Un rosier sans épine est son lit; deux beaux anges De leurs robes d'azur ont fait ses premiers langes. Le chant des séraphins, mélodieux ruisseau, Coule comme un lait pur autour de son berceau. Quatre saintes, debout, marraines et patronnes, Filant l'or de ses Jours en tressent des couronnes, Et, lui versant les flots dont on baptise aux cieux, Répandent leurs vertus sur ce front gracieux.