Bichesse des Nations, liv. IV, cliap. ix
2. La réprobation remontait beaucoup plus haut et c'est une erreur de croire que les idées de liberté industrielle et commerciale ne datent que du dix-huitième siècle. On les trouve en germe dès 1358 dans une ordonnance de Charles V, qui déclare que les règlements corporatifs d'Etienne Boileau sont faits «plus en faveur de chacun métier que pour le bien commun. » Elles se propagent au seizième siècle et le mot de liberté du commerce est souvent repété dans les cahiers des états provinciaux ou généraux. Colbert propose à Louis XIV la suppression des brevets d'apprentissage. En 1 7GG, le gouvernement présente au Parlement un édit portant suppression des jurandes; mais il est forcé de le retirer, à cause de l'opposition qu'il soulève, dans le Parlement et parmi les gens de métiers. En I77G, Turgot promulgue un nouvel édit d'abolition, mais cet édit est bientôt révoqué. Les jurandes sont rétablies en 1777, avec quelques modiQcalions, et elles ne sont définitivement abolies que le 2 mai 1791, par l'Assemblée constituante.
[Note de l'éditeur.)
térèt des acheteurs est une bien plus sûre garantie de la bonté des productions que des règlements arbitraires, qui, partant d'une autorité qui confond nécessairement tous les objets, ne distinguent point assez les divers métiers, et prescrivent souvent un apprentissage aussi long pour les plus aisés que pour les plus difliciles. Tl est bizarre d'imaginer que le public est un mauvais juge des ouvriers qu'il emploie, et que le gouvernement, qui a tant d'autres affaires, saura mieux quelles précautions il faut prendre pour apprécier leur mérite. Il ne peut que s'en remettre à des hommes qui, formant un corps dans l'Etat, ont un intérêt différent de la masse du peuple, et qui, travaillant d'une part à diminuer le nombre des producteurs, et de l'autre à faire hausser le prix des productions, les rendent à la fois plus imparfaites et plus coûteuses. L'expérience a partout prononcé contre l'utilité prétendue de cette manie réglementaire. Les villes d'Angleterre où l'industrie est la plus active, qui ont pris dans un temps très-court le plus grand accroissement, et où le travail a été porté au plus haut degré de perfection, sont celles qui n'ont point de chartes1 et où il n'existe aucune corporation2.