‹ Œuvres politiques de Benjamin ConstantChapitre 7 sur 71 · XIV . INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV . INTRODUCTION

commerçantes, il traînait aux extrémités du monde l'élite do la nation, pour l'abandonner ensuite aux horreurs de la lamine et aux rigueurs des frimas ; par sa volonté douze cent mille braves ont péri sur la lerre étrangère, sans secours, Bans aliments, sans consolations, abandonnés par lui après l'avoir défendu dé leurs mains mourantes1; il revient aujourd'hui, pauvre el avide, pour nous arracher ce qui nous reste encore. Les richesses de l'univers ne sont plus à lui, ce sont les nôtres qu'il veut dévorer. Son apparition, qui est pour nous le renouvellement de tous les malheurs, est, pour l'Europe, un signal du guerre. »

Ceci était écrit le I!) mars; le lendemain Louis XVIII quittait Paris et la France, Benjamin Constant se retirait à la campagne, chez le minisire des États-Unis, M. Crawford, et l'empereur entrait aux Tuileries.

On n'était plus au temps où la gloire militaire suffisait à justifier le despotisme. Napoléon ne pouvait faire accepter son pouvoir et le consolider qu'à la condition de donner ù la France de larges garanties, de respecter les droits qu'il avait audacieusement violés, et même de s'entourer des hommes qui l'avaient le plus énergiquement combattu, ce qui était le plus sûr moyen de duper la foule. Benjamin Constant, complètement rassuré sur ses intentions au sujet de ses anciens adversaires, élail revenu à Paris après une absence de huit jours, et, le Fi avril 1815, il recevait le billet suivant :

o Le chambellan de service a l'honneur de prévenir M. Benjamin Constant que Sa Majesté l'Empereur lui a donné l'ordre de lui écrire pour l'inviter à se rendre de suite au palais des Tuileries. Le chambellan de service prie M. Benjamin Constant de recevoir l'assurance de sa considération distinguée. »

L'entrevue fut acceptée. L'empereur était seul. « Ce fut lui, dit M. Laboulaye, qui commença l'entretien. Dès les premiers mois, il entra dans le cœur delà question et joua cartes sur table; il ne se faisait pas d'illusion sur les sentiments de Benjamin Constant; mais il avait besoin des constitutionnels, c'était en eux que le pays mettait

1. Sur ces douze ceut mille braves, (50,000 étaient Français; les autres appartenaient aux nations annexées ou alliées.

Quant à la France, la conscription napoléonienne lui a coûté 1,700,000 hommes de 1800 à 1815. Cet effroyable chiffre est donné par le directeur même de la conscription sous l'empire. Le second empire nous a coûté r.00,000 hommes, soit pour les deux Napoléon 2,200,000 victimes.

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