XX INTRODUCTION
el c'est avec plaisir que je viens à voire secours. — Sire, j'accepte ce bienfait; mais la liberté passe a van I la reconnaissance ; je veux rester indépendant, car si votre gouvernement fait des fautes, je serai le premier à rallier l'opposition. — C'est ainsi que je l'entends, reprit Louis- Philippe. »
Comment Benjamin Constant, si fier, si désintéressé, en était-il réduit à recevoir le payement du vole d'une couronne? Il était joueur, et ce mot explique tout; mais il ne devait pas jouir longtemps des largesses royales1. « Les ressorts de sa vie étaient usés, sa noble télé s'affaissait; il la tenait parfois enveloppée de ses deux mains, se traînait péniblement de son banc à la tribune et ses lèvres éteintes ne pouvaient plus sourire 2. » La mort ne tarda point à faire son œuvre : le 8 décembre 1830, le puissant orateur, dont la voix avait éveillé tant de sympathiques échos, entra dans l'éternel silence. Le lendemain, on lisait sur les murs un arrêté municipal qui rendait à sa mémoire un éclatant hommage. « La mort de Benjamin Constant, disait l'arrêté, sera un sujet de deuil pour la France entière, mais elle sera encore plus vivement sentie par la population de Paris, dont il fut pendant longtemps l'éloquent et courageux représentant. » La population répondit à cet appel, et l'illustre mort fut conduit, le 12, au cimetière de l'Est, au milieu d'un immense concours.