‹ Œuvres politiques de MachiavelChapitre 100 sur 411 · LIVRE I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIII

l'un, qu'il avait détourné les deniers de ÙÉlat; de l'autre, qu'il n'avait point remporté la victoire pour s'être laissé corrompre-, et de celui-ci, que son ambition avait été cause de tel ou tel malheur, 11 en résultait de chaque côté de Tanimosité 5 on en venait bientôt à une rupture ouverte, de la rupture aux factions, et des factions à la ruine de l'État.

S'il y avait eu dans Florence une loi qui eût permis d'accuser les citoyens, en punissant les calomniateurs, on n'eût point vu tous les désordres qui, par la suite, éclatèrent dans cette ville. Que ces citoyens eussent été condamnés ou absous, ils n'auraient pu devenir dangereux pour l'État 5 d'ailleurs le nombre des accusés eût été toujours moins considérable que celui des calomniés; car on ne peut, ainsi que je l'ai dit, accuser aussi facilement que calomnier. Parmi les moyens dont s'est prévalu plus d'un ambitieux pour arriver aux grandeurs, la calomnie ne fut pas un des moins efficaces. Ces ambitieuxla répandaient avec adresse contre les hommes puissant* qui s'opposaient à leur avidité, et elle servait merveilleusement leurs projets-, car en prenant le parti du peuple, dont ils entretenaient ainsi la jalousie contre tout ce qui s'élève, ils parvenaient sans peine à capter son aftVtion. Je pourrais citer plusieurs exemples à l'appui de < ■■*■ que j'avance, je me contenterai d'un seul.

L'armée de Florence faisait le siège de Lucques sou le commandement de messer Giovanni Guicciardini , commissaire de la république. Soit par suite des mauvaises dispositions qu'on avait prises, soit que le malheur poursuivit les Florentins, le sort voulut qu'on ne put prendre Lucques. De quelque manière que cet événement fut arrivé, on en rejeta la faute sur messer Giovanni; on lui reprocha de s'être laissé corrompre par les Lucquois; et ses ennemis ayant appuyé cette calomnie, il en tomba presque dans le désespoir. En vain, pour se justifier, il otfiit de se constituer prisonnier entre les mains du ca-

pitaine du peuple, il ne put jamais parvenir à se disculper entièrement, parce qu'il n'existait pas dans cetk république de moyen propre à y réussir. Il en résulte une profonde irritation entre les amis de messer Gio« vanni, qui se composaient de la plupart des grands de Florence, et ceux qui voulaient des changements dans le gouvernement. Ces inimitiés, attisées chaque jour par ces causes ou par d'autres semblables, allumèrent enfin un incendie qui dévora la république entière.

ManliusGapitolinus était donccalomniateur et non accusateur, et dans cette occurrence les Romains donnèrent v.n exemple éclatant de la manière dont la calomnie doit être réprimée : c'est d'obliger le calomniateur à devenir accusateur, de le récompenser, ou du moins de ne pas le punir, lorsque ses plaintes sont fondées-, et lorsqu'elles sont fausses, de sévir contre lui comme on sévit contre Sfanlius.

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