‹ Œuvres politiques de MachiavelChapitre 186 sur 411 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Quel es; le pouvoir d'un grand homme pour retenir dans ic devoir un peuple soulevé.

Le second point important que nous avons indiqué dans le chapitre précédent, c'est que rien n'est plus propre à réprimer la multitude soulevée que le respect qu'elle porte à quelque homme sage dont la vertu est une autorité, et qui se présente tout à coup devant elle. C'est avec raison que Virgile a dit:

Tum, pietate gravem ac meritis si forte virum quem Conspcxere, silent; arrectisque auribus adstant.

Virg., JEneid.y lib. I., v. tsi, iss.

En conséquence, tout chef d'une armée, tout magistrat d'une ville où s'élève une sédition, doit sur-le-champ se présenter au milieu du tumulte, user avec le plus d'adresse qu'il peut de son influence et de sa considération, et s'entourer de toutes les marques de sa dignité^ afin d'imprimer plus de respect pour sa personne.

Florence, il y a peu d'années, était divisée en deux factions, nommées fratesche et arrabiate. On prit les armes, et les fratesques furent vaincus. On distinguait parmi eux Paul-Antoine Soderini, l'un des citoyens ies plus recommandables de la république : le peuple armé se précipitait en foule vers sa maison pour la piller ; messer Francesco, son frère, alors évêque de Vol terre, et aujourd'hui cardinal, s'y trouvait en ce moment. Au premier bruit qu'il entend, à l'aspect de la foule irritée, il revêt ses habits les plus magnifiques, met par-dessus le rochet épiscopal. et s'avance à la rencontre de ces furieux : sa présence, ses discours, tout les arrête; et, pen<

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