LIVRE II, CHAPITRE XVH
que, dans la guerre, il s'agit toujours ou de se défendre ou d'attaquer. Il faut donc examiner d'abord à laquelle de ces deux manières de faire la guerre l'artillerie présente le plus d'utilité ou de désavantage.
Quoiqu'il y ait bien des choses à dire de part e& d'autre, je crois cependant que, sans aucune comparaison, l'artillerie fait plus de tort à celui qui se défend qu'à celui qui attaque : la raison en est que celui qui se défend est, ou renfermé dans une ville, ou campé derrière un retranchement. S'il est dans les murs d'une ville, ou cette ville est petite, comme le sont la plupart des forteresses, ou elle est grande : dans le premier cas, celui qui se défend s'expose à une ruine certaine, parce que la violence de l'artillerie est si grande, qu'elle ne trouve point de rempart, quelque épais qu'il soit, qu'elle ne renverse en peu de jours ; et si ceux que renferme la ville n'ont pas un espace suffisant pour se retirer, creuser de nouveaux fossés et élever d'autres remparts, ils sont perdus et ne peuvent résister à l'impétuosité de l'ennemi qui tenterait de pénétrer par la brèche; leur artillerie même ne leur sera d'aucun service : c'est en effet une chose démontrée, que, partout où les hommes peuvent se précipiter en foule et avec impétuosité, l'artillerie ne saurait y mettre obstacle. C'est pourquoi, dans la défense des places, on ne peut repousser le choc irrésistible des ultramontains. On soutient aisément l'attaque des Italiens, qui ne marchent jamais en masse, mais qui vont au combat pour ainsi dire éparpillés 5 ce qui a fait donner à ces combats le nom convenable d'escarmouches. Ceux qui s'avancent avec ce désordre et cette tiédeur vers la brèche d'un mur défendue par de l'artillerie, courent à une mort certaine; et c'est contre eux que cette arme a tout son effet; mais ceux qui se précipitent sur la brèche comme une foule épaisse, et où l'on est poussé l'un par l'autre, ceux-là pénètrent dans tous les 1/eux, s'ils ne sont repoussés par des fossés ou
des remparts : l'artillerie ne peut rien contre eux; et si quelques-uns succombent, le nombre des morts ne peut être assez grand pour empêcher les autres de vaincre.
Les nombreux assauts que les ultramontains ont livrés en Italie démontrent sans réplique cette vérité. C'est principalement dans celui de Brescia qu'elle paraît dans tout son jour. Cette ville s'était révoltée contre les Français-, la citadelle seule tenait encore pour le roi ; les Vénitiens, pour soutenir l'attaque qu'elle aurait pu diriger contre la ville, avaient garni d'artillerie toute la rue qui descend de la citadelle dans la cité; ils en avaient placé en front, sur les côtés et dans tous les endroits qui offraient des points de défense-, mais monseigneur de Foix n'en tint aucun compte : il fit mettre pied à terre à son escadron -, il s'empara de la ville après avoir passé au milieu de toute cette artillerie; et l'on ne dit pas qu'elle lui ait fait éprouver une perte remarquable.
Ainsi, celui qui se défend dans une place de peu d'étendue, dont les murailles ont été renversées, et qui, comme je l'ai dit, n'a point assez d'espace pour opposer à l'ennemi de nouveaux remparts et des fossés nouveaux, et qui ne compte que que sur le canon, se perd immédiatement.
Si vous défendez une place considérable, et que vous ayez la facilité de vous retirer, l'artillerie, même dans ce cas, est sans comparaison plus avantageuse aux assiégeants qu'aux assiégés.
D'abord, si vous prétendez que vos batteries nuisent à ceux qui vous assiègent, il est nécessaire de vous élever, ainsi qu'elles, au-dessus du niveau du sol, parce que, si elles restent à ce niveau, le plus faible rempart, le moindre retranchement que fait rennemi, le mettent à l'abri, et vos coups ne peuvent plus lui nuire-, de sorte qu'obligé de vous exhausser, et de vous placer sur le lerre-plein du rempart, ou en quelque manière de vous lever de terre, vous vous créez deux grandes difficultés :