LIVRE II, CHAPITRE XVII
bas, n'arrivent point jusqu'à vous. Lorsque les deux armées en sont venues aux mains, il est clair comme le jour que ni la grosse artillerie, ni celle d'un petit calibre, ne peuvent plus vous nuire; car si celui qui dirige les batteries est placé en tête, il tombe entre vos mains: s'il est en queue, c'est aux siens mêmes qu'ils nuit plutôt qu'à vous; s'il l'a placée sur les flancs, il ne peut vous prendre de manière à vous empêcher de marcher sur lui et il en résulte les conséquences que je viens d'exposer.
Cette opinion ne peut guère être combattue; et les Suisses en fournirent une preuve frappante, lorsqu'en 1513, sans canon et sans cavalerie, ils osèrent aller attaquer à Novare l'armée française, défendue dans ses retranchements par une artillerie nombreuse, et la bat. tirent sans que cette artillerie pût les en empêcher. La raison en est que l'artillerie, outre les causes que j'ai déjà indiquées, a besoin d'être défendue, lorsqu'on veut qu'elle obtienne tout son effet, par des remparts, des fossés ou des levées. Lorsqu'une de ces défenses vient à manquer, elle tombe entre les mains de l'ennemi, ou devient inutile, surtout lorsqu'elle n'a pour se préserver que ses propres soldats, ainsi qu'il arrive presque toujours dans les batailles en rase campagne. Lorsqu'elle est placée sur les flancs, on ne peut en tirer parti que de ia manière dont les anciens se servaient de leurs machines à lancer des traits, que Ton plaçait hors des compagnies pour qu'elles pussent combattre hors des rangs; et toutes les fois qu'elles étaient attaquées, ou par la cavalerie, ou par d'autres troupes, elles venaient chercher un refuge au milieu des légions. Celui qui compte d'une autre manière sur l'artillerie ne comprend pas son utilité, et il se confie dans un appui qui pourrait tromper son espérance,
Si le Turc, au moyen des armes à feu, a pu vaincre le soft do Perse et le Soudan d'Egypte, c'est moins à son
courage qu'il faut en attribuer la cause, qu'à l'épouvante que le bruit excessif de ses armes jeta dans les rangs de la cavalerie ennemie.
Je termine ce discours en concluant que l'artillerie est utile dans une armée lorsqu'elle se mêle à l'antiqut courage, mais que rien n'est plus inutile lorsqu'elle Sf trouve dans une armée sans courage, qu'attaque un ennemi valeureux.