CHAPITRE XX
A quels dangers s'expose un prince ou une république qui se sert de troupes auxiliaires ou mercenaires.
Si je n'avais déjà longuement traité, dans un autre ou-
vrage, de l'inutilité des troupes mercenaires et des auxiliaires, et de l'utilité d'une armée nationale, je donnerais plus de développement à ce chapitre -, mais, comme j'en ai déjà parlé avec assez d'étendue, je m'expliquerai ici en peu de mots. J'ai trouvé dans Tite-Live un exemple n frappant des inconvénients des troupes auxiliaires , que je n'ai pas cru devoir passer ce fait sans m'y arrêter.
On appelle troupes auxiliaires celles qu'un prince ou
une république envoie à votre secours en continuant à
les payer et à les tenir sous ses ordres. Or, pour en venir
au texte de Tite-Live, je vois que les Romains, après avoir
battu deux armées samnites en diverses rencontres, avec
les troupes qu'ils avaient envoyées au secours des Ca-
pouans, voulurent, après avoir délivré ce peuple de ses
ennemis, retourner à Rome -, mais pour que les Capouans,
privés de tout appui, ne devinssent pas de nouveau la
proie des Samnites , ils laissèrent sur le territoire de
Capoue deux légions chargées du soin de la défendre.
Ces légions, corrompues par l'oisiveté, commencèrent à
se plonger dans les délices, et, perdant le souvenir de leur
patrie et le respect dû au sénat, elles formèrent le projet
de prendre les armes et de s'emparer du pays que leur
valeur avait sauvé, prétextant qu'un peuple était indigne
de posséder des biens qu'il ne savait pas défendre. Ce
complot ayant été découvert, Rome s'empressa de l'étouf-
fer et de le punir, comme je le ferai voir dans le chapitre
où je dois traiter en détail des conjurations.
Je répéterai donc que, de tous les genres de troupes , les pires sont les auxiliaires. D'abord, le prince ou la république qui se sert de leur appui n'a aucune autorité sur elles , puisqu'elles ne reconnaissent que les ordres S de celui qui les envoie : en effet, les auxiliaires sont, 1 ainsi que je l'ai dit, envoyés par un prince qui a 'ses propres officiers, sous les drapeaux duquel ils marchent, et qui pourvoit à leur solde, comme était l'armée que les Romains envoyèrent à Capoue. Les troupes de cette es-