I- A Bill ci
Uu'est-ce donc à dire? Il y a ici, évidennnent, (juelque mystère inexplicable, l'as plus (jne toi, je ne puis le pénétrer. Cette disparition, cettecbambrc vide, ce hasard même qui t'a j)ris pour témoin, tout cela est, j'en conviens, difficile à comprendre. Mais il est bien plus difficile encore de croire (jue la Mlle desLorédan, après avoir vécu sans rei)roche pendant vingt ans sous le toit de ses ancêtres, perde tout à coup la raison.
MICHEL
Ce n'est pas de cela que je la soupçonne. FAïutici: .
Et de quoi donc".' Supposons-lui un amour ignoré, que sais-je? quelque passion cachée au fond de l'âme (car elle en est capable, et c'est là ta pensée), irat-elle fouler aux pieds ce ijui l'ut la règle et l'orgueil de sa vie, la loyauté, riionneur, la })udeur?
MICHEL
Tu crois [)eut être...
l" ABlilCE.
Non! je ne crois rien. C'est notre sœui', c'est une Lorédan. Elle porte sur son visage la ressemblance de noire mère. Tant (jue je n'aurai pas la
8<i (KUVUES POSTHUMES.
l)r{nive(jircllc est coupable, tant (jiio je n'ciilendrai pas (le sa hoiiclie l'aveu de son criuie et d'un tel opprobre, je dirai : Xon ! c'est impossible!
MICHKL,
Le niartpns Viscouti, cousiu du duc de Milan, doit arriver aujourd'hui même.
l'ADItlCi:.
Klil)ien7
MICHE L
Xolre s(eur lui est j)romise.
l'ABIÎICE.
Je le sais, et je suis convaincu...
MICHEL
Que ce mariage se fera?
FABIUCE.
Sans aucun doute, et cpie, dans peu de temps, une fois les choses expliquées, tu regretteras amèrement les soupçons (|ne tu viens d'avoir. Mien El,.
Que t'en ai-je dit?
F A B li I c y. .
Tout ce que le silence peut dire.
MICHEL
Ecoule-moi donc, maintenant (pie je parle. Tu es vif, prompt, toujours pressé, comme les gens qui n'ont rien à faire. Tu juges vite, de peur de réllé- ( hir ; mais je suis dans ce fauteuil depuis hier soir, et j\ii coniplé les heures. Retiens ceci. I/ahsence de l'austine, si elle nVst pas un crime, est une ruse
lAlISTINE. 87
FABRICE
Une ruse, dis-tu, dans quel hnt?
M i eu E !..
Dans le but fort clair et fort simple de l'aire rompre cette alliance.
FABRICE
Le l)oau moven que de se déshonorer !
MICHEL
Elle sait très-bien qu'il n'en sera pas ainsi. Elle sait très-bien que, tous tant que nous sommes, nous serions prêts à perdre notre fortune et la vie plutôt que de voir publier notre honte. Elle sait très-bien que personne dans cette maison n'ira, en pareil cas, avertir notre père, car^ce serait lui donner la mort, à ce vieillard qui, après ses sequins, ne chérit que son enfant gâté. Elle se croit sûre de l'impunité, on, si on l'accusait tout bas, penses-tu qu'une fable ou un prétexte ferait défaut à son esprit subtil? Ce n'est pas là ce (jui l'iurjuiète; mais ce qu'elle veut, ce qu'elle espère, c'est justement un scandale étouffé, c'est qu'on s'aperçoive de sa fuite, et que, sans en pouvoir deviner ou vouloir éclaircir la cause, on n'ose point passer outre et disposer de sa main.
FABRICE
Quelles imaginations tu te crées! A-t-elle donc de la haine pourYiscouti, ou de l'amour pour quel- (pie autre?