M 10. H EL
La patience et la liaino sont lontos toiilos doux : mais la colère et la vengeance sont promptes. Je
me nomiiio Midicl Lt»rédan.
FAUSTINE. 105
FAUSTINK.
Et moi, Faiistiiie. Do qui vcii\-tu te venjjer?
MICHEL
Si jo le snvais, ce ne serait plus ;'i faire.
FAUSTINE
Tu ne le sauras pas.
MICHEL
Demain, si je le veux.
FAUSTINE
Non, car je vais te dire à l'instant t(nit ce que tu ])cux savoir. On veut me marier, et j'ai un époux.
MICHEL
.Vraiment!... c'était là ta fable? Ainsi, c'est un mariage secret ?
FAUSTINE
Oui, vous avez voulu disposer de moi, et, pour que cela fût impossible, j'ai prononcé un de ces serments qui décident de notre vie et qui nous suivent dans le tombeau.
MICHEL
Fort bien; je te reconnais là. Et il n'est pas permis à ton frère de savoir le nom que tu portes?
FAUSTINE
Pas à présent.
MICHEL
En vérité ! Et que répondras-tu à mon père lorsqu'il te présentera lui-même un époux ?
FAUSTINE
Rien, car je compte sur toi pour l'en empêcher.
M I C II E r, .
De mieux en mieux. Et si je refusais d'avoir |)Our toi cette complaisance? Tu es hicn hardie de me confier ton secret ; ne sais-tu pas...
FAUSTINE
Je snis à (pii je |)arle, mon frère, et je ne crains rien pour mes paroles.
MICHKL.
Mais enfin, si je refusais?
F.xusriNE.
Tu serais cause d'un grand malheur.
MICHEL
Je ne m'étais pas trompe d'un mot, et je savais d'avance chacune de tes paroles. Ainsi tu n'as pas craint, dans ta ruse audacieuse, de jouer avec notre repos et les cheveux hlancs de ton père?
J'ai cru (|iie lu les respecterais.
MICHEL
Sans doute; et ce respect sacré, cette piété d'un fils pour son père, tu t'en es servie comme d'un instrument, comme d'un chiffre dans ton calcul. Il est fâcheux (jue j'aie eu le temps de réfléchir la nuit dernière, (jue ta comédie soit prévue et ipie ce mariage (jue tu as imaginé |)oiu' te dispenser d'obéir...
FALSTINE.
Imaginé, mon frère?
MICHEL
Oui, ma sœur, nous nous attendions à cela.
FAUSTIiNE. 107
FAUSTIiNE.
Imaginé!... Yoici un anneau...
Elle lui montre un anneau à son doigl. MICHEL.
Si le pareil existait quelque part, malheur à la main qui le porterait !
FAUSÏINE.
Malheur! dis-tu V
MICHEL
Malheur et mort! Mais ce n'est qu'un jeu, un ridicule mensonge.
Michel, j'aime et je suis aimée.
MICHEL
Non, non !
FAUSTINE
J'aime et je suis aimée 1 Si tu n'entends pas que c'est mon cœur qui parle, c'est que le tien n'a jamais rien dit.
MICHEL
Jure-le.
FAUSTIiNE.
Je l'ai déjà juré.
MICHEL
Mallieureuse fille ! serait-ce possible?
MoiiiL'iil ilu silence.
Mais, si cela était, pourquoi taire son nom?
FAUSTIMJ.
Parce qu'il le laut maintenant.
108 iKUVIltS l'USTKl.MES.
MICIIKL.
MaintciKiiil ! Si ce n'est pas la peur (pii l'empèclic (le le dire, c'est donc la honte?... Est-ce nn patricien ?
1 AUSTINt;.
l'eut-èlre.
MICHKL.
Non, ce n'en est pas un. On le saurait. On le verrait.
FALSTINE.
Et si ce n'en était pas un?
MICHEL
(Jui donc? Tu ne ré|)(inds pas...
Il s'approche d'elle.
Est-ce bien possible, Eauslinc? Ainsi ralTreux soupçon que j'osais à peine concevoir e>l la \érilél
FAUSTIN E
(Juel soupçon ?
Ainsi, en un jour, en nn instant, tu as oublié qui tu es, (jui nous sommes ! Ainsi tu as i'orl'ait à l'honneur !
FAUSTI^E.
De (piel honneur veux -tu parler? Est-ce du mien, mon frère ?
MICHEI..
C'est du nuire à tous. L'honneur, i'austine, cette barrière sacrée, ce trésor enfoui au seuil de la famille, tu as marché dessus pour sortir d'ici. Quand cette maison où nous sommes serait une
cabane au lieu d'un palais, devant l'honneur, il n'y a ni riche ni pauvre, et la tache que ne ferait pas la fille d'un pécheur au manteau troué de son père, la tille des Lorédan la fera au Livre d'or, à la place où est son nom !
FALSïl>t:.
Si tu respectais ce nom autant que tu veux scmhler le faire, tu ne commencerais pas par outrager ta sœur. As-tu bien compris ce qu'elle t'a dit? Je te le répète : j'aime et je suis aimée. Hier, on m'a appris queYisconti arrivait, et que je devais appartenir à un autre que celui à (pii appartient ma vie. Je n'ai pas craint ta colère, pas plus que l'arrivée du seigneur A'isconti, pas plus que votre politi(|ue, prête à me faire d'un linceul une rol)e nii]»tiale. Ce ([uc j'ai redouté, c'est un mot de mon [lère, c'est sa juste et froide raison, forte de toute son expérience, plus forte encore de ma tendresse pour lui. Qui sait? peut-être une prière, une larme à côté de ses cheveux blancs, voilà ce dont j'ai voulu me défendre. Etre fidèle à la foi jurée, appelles-tu cela forfaire à l'honneur? Le vôtre, à vous, se montre partout, à la maison, au palais, au sénat, dans les rues, en mer, au combat ! Vous le portez au bout de votre épéc ! Le nôtre, à nous, es-t au fond de notre ànie. Tout ce que nous pouvons, c'est aimer; tout ce que nous devons, c'est d'être fidèles. Je ne suis point femme, mais fiancée. Je n'ai point forfait à l'honneur ; j'ai craint de faillir à l'amour, et j'en ai pris iJieu ()our témoin.
lu
110 ŒUVKES l'USTIILMLïi.
MICIILL.
[}i\ amour indigne de toi !
FAUSTIN E
Eli ! qu'en sais-tu V Je ne t'ai pas dit (|uc ce ne IVil pas un patricien. Si j'ai commis une l'auto en ne vous consultant pas, est-ce une jtreuvc «pie je ne sache pas choisir? S'il ne m'est pas permis à présent de nommer cehii (pii est mon époux, de (juel droit décides-tu qu'il est indigne de Télre'.' Et, s'il m'est arrivé d'inspirer quelque amour, suis-je donc si laide, mon frère, qu'un de iu)s grands seigneurs ne puisse penser à moi? Mais, (Tailleurs, noble ou roturier, n'y a-t-il pas là-has, au fond de l'Adriatique, quelque endroit où, dulant cette guerre, les privilèges s'effa(;aient ; où la mort oubliait les droits de la naissance ?
MICIIKL.
C'est donc un soldat?
FALSMNL.
l'eul-ctre. Tu parlais d'une tache faite au Livre d'or ; si le sang versé pour la })atric peut en faire une, tu as raison.
MICHEL
C'est là le serment que tu as fait ?
FAUSTINE
Oui, devant Dieu.
MlCIlKL.
Dieu ne recjoit pas de pareils serments faits au hasard par une fille rebelle.
FAUSTINE. Hi
FAUSTINE
Sont-ce (les serments faits au hasard, ceux (lu'on prononce au j)ied des autels?
MICHEL
Oui; prononcés sans notre aveu, les tiens sont nuls devant les lois.
FAUSTINE
A l'heure où nous parlons, mon frère, ils sont écrits dans les cieux.
MICHEL
Voici une main qui se chargera de les effacer sur la terre.
FAUSTINE , montriint son rœnr.
Efface-les donc. Ils sont là!
MICHEL
Tu me hraves! Mais, grâce au ciel, ils ne sont pas là seulement. Est-ce tout de bon que tu te flattes de me cacher ce que je veux apprendre? Tu ferais mieux de me le dire aussi bien pour toi (jue j)our... l'autre.
FAUSTINE
Et que ferais-tu si je te le disais?
MICHEL
Je le tuerais.
FAUSTINE
Non pas... Tu l'assassinerais.
MICHEL
Peut-être ne prendrais-je même pas cette peine.
|l'2 iKl'VRES POSTHUMES.
Mais jo no l'iii |>as dit, mon Ikic, ([no ce ne IVit |)as nn palricion.