CALIXTE
Fable à mettre en musique,
alixte, dans un bois A la chasse égarée.
N'entendant plus le son du cor ni de la voix , De Diane étoit séparée.
Après quelques cris vains dans les airs prodigués. Cherchant à prendre haleine , Au bord d'une vive fontaine Elle étendit ses membres fatigués.
Le maître de la foudre, Qui la guettoit dans ce bois écarté , Fondant sur cette proie avec avidité, Se mit en devoir de l'absoudre De son vœu de virginité.
Malgi'é ses cris, malgré sa résistance, Ce brusque procédé la mit hors de défense ; Amer ou doux, il fallut l'avaler.
Une pucelle tendre et blonde.
Par quels efforts pourroit-elle égaler Ces bras puissants capables d'ébranler La base immobile du monde ?
Le silence profond de ces sombres campagnes Pouvoit la consoler un peu :
Affront caché porte son désaveu.
Combien Calixte a-t-elle de compagnes Qui tiennent bonne mine avec plus mauvais jeu? Mais de son ravisseur la nature féconde Fut ce qui mit le comble à son cuisant souci. Il n'étoit pas content d'être le dieu du monde ,
Pièces Diverses. 3o3
Il en Youloit être le père aussi.
Fécondité cruelle Qui viens sans qu'on t'appelle.
Combien de vilains tours Fait ta rage mortelle Aux timides amours .' Fécondité damnée.
Que n'étois-tu homée Pour le commun bonheur!
Faut-il que tu sois née Pour égorger Itonneur !
Que n'étois-tu bornée Au tranquille bymenée !
A peu de mois du jour infortuné, Calixte à la mélancolie Vit son triste cœur condamné !
Comment pouvoir cacher son sort empoisonné. • Point de vertugadin, point de corps baleiné; L'usage en étoit rare à la cour de Délie.
Certains esjmts méfiants et jaloux (La cour, et cour de femme encore, en manque-t-elle?) Auprès de la déesse accusèrent la belle , Et contre l'innocente armèrent son courroux.
D'une simarre fort ample On la fait dépouiller par force un jour de bain; Et, lui mettant le ventre aussi nu que la main, Du fils de Jupiter on découvre le temple. Calixte de douleur En perd force et couleur; Diane de colère Redouble sa couleur et sa force ordinaire Et repoussant avec un de ses traits La suppliante qui tremble:
« Va, brutale, dit-elle, unis-toi désormais
Pièces Diverses.
« A l'espèce qui te ressemble. »
A ces mots foudroyants un prodige nouveau
Consterne toute l'assistance; Sou visage se ride et s'allonge en museau; Le poil (jeunes beautés, je frémis quand j'y pense) , Un poil hideux lui perce et lui couvre la peau.
Calixte ;, en un mot, devient ourse.
Qui, dans ses fiers ressentiments, Accusant Jupiter par d'affreux hurlements. Se perd dans la forêt qu'elle gagne à la course.
Si Diane aujourd'hui montroit pareille ardeur.
Pour venger les injures
Qu'on fait à sa pudeur, 0 ciel ! quel grand marché nous aurions de fourrures !
Pièces Diverses.