‹ Œuvres posthumesChapitre 82 sur 89 · NATVETÉ D'UNE FEMME DE CHAMBRE · texte numérisé non relu

NATVETÉ D'UNE FEMME DE CHAMBRE

ademoiselle de la Force , fameuse aventurière de nos jours, après avoir fait plusieurs mariages en détrempe et manqué plusieurs tentatives d'établissements plus solides , s'accrocha enfin avec un jeune homme, fils du président de Briou , et mit si bien en œuvre tout ce qui lui restoit d'appas, qu'elle l'engagea à l'épouser clandestinement , mariage qui fut depuis cassé par arrêt du parlement. L'heureuse nuit étant arrivée où cette précieuse fleur

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de voit être cueillie, le jeune amant, impatient, se donnant à peine le loisir de quitter son habit, se jeta dans le lit avec précipitation; alors la femme de chambre, confidente qui l'aidoit à se déshabiller, lui dit : — Comment , monsieur , vous ne changez point de chemise ! Oh! dame, voyez-vous, mademoiselle aime la propreté: quand on couche avec elle , on prend du linge blanc. Pendant que nous sommes sur son chapitre , il me souvient d'un couplet de chanson que l'on fit à sa louange dans le temps de ses amours avec le marquis de Mailly, fils du comte de Nesle. Il mérite d'être conservé à la postérité, non pas pour avoir rien de trop fin, mais pour sa naïveté seulement. Il est sur un air du ballet intitulé le Triomphe de l'Amour.

Laide guenon qui partout cours , Crois-ta me faire aimer par force?

La frayeur saisit les amours Sitôt qu'on leur nomme La Force.

Si tu veux des amants qui chérissent tes fers, Cherche-les aux enfers.

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