‹ Œuvres posthumesChapitre 10 sur 86 · LES MÉTAMORPHOSES DU VAMPIRE · texte numérisé non relu

LES MÉTAMORPHOSES DU VAMPIRE

La femme cependant, de sa bouche de fraise, En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise, Et pétrissant ses seins sur le fer de son buse, Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc :

— a Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science

De perdre au fond d'un lit Tantique conscience.

Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,

Et fais rire les vieux du rire des enfants.

Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,

La lune, le soleil, le ciel et les étoiles !

Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,

Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés (i),

Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste^

Timide et libertine, et fragile et robuste,

Que, sur ces matelas qui se pâment d'émoi,

Les Anges impuissants se damneraient pour moi. »

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle Et que languissamment je me tournai vers elle Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus ! Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante. Et quand je les rouvris à la clarté vivante, A mes côtés, au lieu du mannequin puissant Qui semblait avoir fait provision de sang, Tremblaient confusément des débris de squelette. Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette

(i) Var. de la i'« édition :

Lorsque j'étouffe un homme en mes bras veloutés.

Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer, Que balance le vent pendant les nuits d'hiver (i).

( I ) Pour clore le chapitre des Fleurs du Mal, mentionnons qu'on trouve encore, dans l'édition originale, deux notes importantes, la première sous la pièce : Franciscœ meœ laudes : « Ne semble-t-il pas au lecteur comme à moi, etc. » Nous renvoyons le lecteur à la fameuse préface de Théophile Gautier, qui Ta reproduite. (V. Fleurs du Malt édition définitive, pp. 18-19.)

Pour la seconde, relative à Révolte^ la voici :

« Parmi les morceaux suivants, le plus caractérisé a déjà paru dans un des principaux recueils littéraires de Paris où il n'a été considéré, du moins par les gens d'esprit, que pour ce qu'il est véritablement : le pastiche des raisonnements de l'ignorance et de la fureur. Fidèle à son douloureux programme, l'auteur des Fleurs du Mal a dû, en parfait comédien, façonner son esprit à tons les sophismes comme à toutes les corruptions. Cette déclaration candide n'empêchera pas les critiques honnêtes de le ranger parmi les théologiens de la populace et de l'accuser d'avoir regretté pour notre Sauveur Jésus-Christ, pour la Victime éternelle et volontaire, le rôle d'un conquérant, d'un Attila égalitaire et dévastateur. Plus d'un adressera sans doute au ciel les actions de grâce habituelles du Pharisien : Merci, mon Dieu, qui n'avez pas permis que je fusse semblable à ce poète infâme. »

Il est question de cette note dans une lettre à Poulet-Malassis, i4 mai 1867.

LES EPAVES

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