‹ Œuvres posthumesChapitre 32 sur 86 · CRITIQUE LITTERAIRE I7I · texte numérisé non relu

CRITIQUE LITTERAIRE I7I

Une reliffion au Cinquième. — C'est Thistoire, la description de la pot-bouille d'une religion moderne, la peinture au naturel de quelques-uns dç ces misérables,comme nous en avons tous connus, qui croient qu'on fait une doctrine comme on fait un enfant, sur une paillasse, le Compère Mathieu à la main et que ce n'est pas plus difficile que ça.

Le dernier volume est dédié à Balzac. Il est impossible de placer des œuvres plus sensées, plus simples, plus naturelles, sous un plus auguste patronage. Cette dédicace est excellente, excellente pour le style, excellente pour les idées. Balzac est en effet un romancier et un savant, un inventeur et un observateur; un naturaliste qui connaît également la loi de génération des idées et des êtres visibles. C'est un grand homme dans toute la force du terme ; c'est un créateur de méthode et le seul dont la méthode vaille la peine d'être étudiée.

Et ceci n'est pas à mon avis propre un des moindres pronostics favorables pour l'avenir littéraire de Champflfeury.

Ce dernier volume contient Feu Miette y histoire, véridique comme toujours, d'un charlatan célèbre du quai des Augustins. — Le Fuenzès^ une belle idée, un tableau fatal et qui porte malheur à ceux qui l'achètent I

Simple histoire d'un rentier, d'un lampiste et d'une horloge, — précieux morceau, constatation des manies engendrées forcément dans la vie stagnante et solitaire de la province. Il est difficile de mieux peindre et de mieux dessiner les automates ambulants, chez qui le cerveau, lui aussi, devient peintre et horloge.

Van Schaendel, père et fils : Peintres-natura-

listes enrajafés qui vous nourrissez de carottes pour mieux les dessiner, et vous habilleriez de plumes pour mieux peindre un perroquet, lisez et relisez ces hautes leçons empreintes d'une ironie allemande énorme.

Jusqu'à présent, je n'ai rien dit du style. On le devine facilement. Il est large, soudain, brusque, poélique,comme la nature. Pas de grosses bouffissures, pas de littérarisme outré. L'auteur, de même qu'il s'applique à bien voir les êtres et leurs physionomies toujours étranges pour qui sait bien voir, s'applique aussi à bien retenir le cri de leur animalité, et il en résulte une sorte de méthode d'autant plus frappante qu'elle est pour ainsi dire insaisissable. J'explique peut-être mal ma pensée, mais tous ceux qui ont éprouvé le besoin de se créer une esthétique à leur usage me comprendront.

La seule chose que je reprocherais volontiers à l'auteur est de ne pas connaître peut-être ses richesses, de n'être pas suffisamment rabâcheur, de trop se fier à ses lecteurs, de ne pas tirer de conclusions, de ne pas épuiser un sujet, tous reproches qui se réduisent à un seul, et qui dérivent du même principe. Mais peut-être aussi ai-je tort; il ne faut forcer la destinée de personne; de larges ébauches sont plus belles que des tableaux confusionnés, et il a peut-être choisi la meilleure méthode qui est la simple, la courte et l'ancienne.

Le quatrième volume qui paraîtra prochainement est au moins égal aux précédents.

Enfin pour conclure, ces nouvelles sont essentiellement amusantes et appartiennent à un ordre de littérature très relevé.

NOTES ANALYTIQUES ET CRITIQUES LES LIAISONS DANGEREUSES (i)

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