CITATIONS POUR SERVIR AUX CARACTÈRES
Que me proposez-vous? de séduire une jeune fille qui n'a rien vu, ne connaît rien... Vingt autres y peuvent réussir comme moi. Il n'en est pas ainsi de l'entreprise qui m'occupe ; son succès m'assure autant de gloire que de plaisir. L'amour, qui prépare ma couronne, hésite lui-même entre le myrte et le laurier...
Lettre IV. — Valmont à Mme de Merteuil.
J'ai bien besoin d'avoir cette femme pour me sauver du ridicule d'en être amoureux. . . J'ai, dans ce moment, un sentiment de reconnaissance pour les femmes faciles, qui me ramène naturellement à vos pieds.
Lettre IV. — Valmont à Mme de Merteuil.
Conquérir est notre dessein; il faut le suivre.
Lettre IV. — Valmont à Mme de Merteuil.
[Note : car c'est aussi le dessein de M™© de Merteuil. Rivalité de gloire.
Me voilà donc, depuis quatre jours, livré à muq passion forte.
Lettre IV. — Valmont à la Merteuil.
Rapprocher ce passage d'une note de Sainte- Beuve sur le goât de la passion dans l'Ecole Ro> man tique.
l82 ŒUVRES POSTHUMES
Depuis sa plus grande jeunesse, jamais il n'a fait un pas ou dit une parole sans avoir un projet, et jamais il n'eut (i) [un projet qui ne fût malhonnête ou criminel].
Aussi, si Valmont était entraîné par des passions fougueuses [si, comme mille autres, il était séduit par les erreurs de son âge, en blâmant sa conduite, je plaindrais sa personne, et j'attendrais, en silence, le temps où un retour heureux lui rendrait l'estime des gens honnêtes].
Mais Valmont n'est pas cela... etc.
Lettre IX. — M"*» de Volanges à la Présidente de Tourvel.
Cet entier abandon de soi-même, ce délire de la volupté, où le plaisir s'épare par son excès, ces biens de l'amour nés ont pas connus d'elle. . . Votre présidente croira avoir tout fait pour vous en vous traitant comme son mari, et, dans le tête-à-tête conjugal le plus tendre, on est toujours deux»
Lettre V. — La Merteuil à Valmont.
(Source de la sensualité mystique et des sottises amoureuses du xix« siècle.)
J'aurai cette femme. Je l'enlèverai au mari, qui la profane (G. Sand). J'oserai la ravir au Dieu même qu'elle adore (Valmont satan, rival de Dieu). Quel délice d'être tour à tour l'objet et le vainqueur de ses remords! Loin de moi Tidée de détruire les préjugés qui l'assiègent. Ils ajouteront à mon bonbeuretàma gloire. Qu'elle croie à la vertu, mais qu'elle me la sacrifie... qu'alors, si j'y consens, elle me dise : « Je t'adore I »
Lettre VI. — Valmont à la Merteuil.
Après ces préparatifs, pendant que Victoire s'occupe des autres détails, je lis un chapitre du Sopha, une
(i) La citation de Baudelaire s'arrêtait à ce mot. Pour la rendre intelligible nous avons cru bon de la rétablir toute. (Note de M. Ed. Champion.)
CRITIQUE LITIJÊRAIRE 1^3
lettre d'Héloïse^ et deux contes de la Fontaine, pour recorder les différents tons que je voulais prendre.
Lettre X. — La Merteuil à Valmont.
Je suis indigné, je l'avoue, quand je songe que cet homme, sans raisonner^ sans se donner la moindre peine ^ en suivant tout bêtement V instinct de son cœur, trouve une félicité à laquelle je ne puis atteindre. Ohl je la troublerai I
Lettre XV. — Valmont à la Merteuil.
J'avouerai ma faiblesse. Mes yeux se sont mouillés de armes... J'ai été étonné du plaisir qu'on éprouve en faisant le bien...
Lettre XXL — Valmont à la Merteuil.
Don Juan devenant Tartufe et charitable par intérêt.
Cet aveu prouve à la fois rhypocrisie de Valmont, sa haine de la vertu, et, en même temps, un reste de sensibilité par quoi il est inférieur à la Merteuil, chez qui tout ce qui est humain est calciné.
J'oubliais de vous dire que, pour mettre tout à profit, j'ai demandé à ces beaux yeux de prier Dieu pour le succès de mes projets.
Lettre XXI. — (Impudence et raffinement d'impiété.)
Elle est vraiment délicieuse... Cela n'a ni caractère, ni principes. Jugez combien [sa société sera douce et facile].. . En vérité, je suis [presque jalouse de celui à qui ce plaisir est réservé] .
Lettre XXXVIII. — La Merteuil à Valmont,
(Excellent portrait de la Cécile.)
Il est si sot encore qu'il n'en a pas seulement obtenu
l84 CEUVABS POSTBUMSS
un baiser. Ce garçon-là fait pourtant de fort jolis vers ! Mon Dieu ! que ces gens d'esprit sont bêtes 1
Lettre XXXVIII. — La Mcrteuil à Valmont.
(Commencement du portrait de Danceny, qui attirera lui-même la Merteuil.)
Je regrette de n'avoir pas le talent des filous... Mais nos parents ne songent à rien.
Suite de la Lettre XL. — Valmont à la Merteuil.
Elle veut que je sois son ami, (La malheureuse victime en est déjà là),.. Et puîs-je me venger moins d'une femme hautaine qui semble rougir d'avouer qu'elle adore?
Lettre LXX. — Valmont à la Merteuil.
A propos de la Vicomtesse :
Le parti le plus difficile ou le plus gai est toujours ôelni que je prends ; et je ne me reproche pas une bonne action, pourvu qu'elle m'exerce ou m'amuse.
Lettre LXXI. — Valmont à la Merteuil.
(Portrait de la Merteuil par elle-même.)
Que vos craintes me causent de pitié I Combien elles me prouvent ma supériorité sur vous!... Etre orgueilleux et faible, il te sied bien de vouloir calculer mes moyens et juger de mes ressources I
(La femme qui veut toujours faire Thomme, signe de grande dépravation.)
Imprudentes qui, dans leur amant actuel, ne savent pas voir leur ennemi futur... Je dis : mes principes... Je les £d créés, et je puis dire que je suis mon ouvrage.
CRITIQUB LITTERAIRE l85
Ressentais-je quelque chagrin... J'ai porté le zèle jusqu'à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps l'expression du plaisir. Je me suis travaillée avec le même soin pour exprimer les symptômes d'une joie inattendue.
Je n'avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur réputation, et [je ne me trouvais encore qu'aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir].
La tête seule fermentait. Je ne désirais pas de jouir, Je voulais savoir. (George Sand et autres.)
Lettre LXXXI. — La Merteuil à Valmont.
Encore une touche au portrait de la petite Volanges par la Merteuil :
Tandis que nous nous occuperions à former cette petite fille pour l'intrigue [nous n'en ferions qu'une femme facile]... Ces sortes de femmes ne sont absolument que des machines à plaisir.
Lettre CVI. — La Merteuil à Valmont.
Cet enfant est réellement séduisant. Ce contraste de la candeur naïve avec le langage de Teffronterie ne laisse pas de faire de l'efifet; et, je ne sais pourquoi, il n'y a plus que les choses bizarres qui me plaisent.
Lettre CX. — Valmont à la Merteuil.
Valmont se glorifie et chante son futur triomphe.
Je la montrerai, dis-je, oubliant ses devoirs... Je ferai plus, je la quitterai... Voyez mon ouvrage et cherchezen dans le siècle un second exemple!...
Lettre CXV. — Valmont à la Merteuil.
(Citation importante.)
l86 OEUVRES POSTHUMES
La note et Tannonce de la fin (i).
Champfleury.
Lui écrire.
(i)c Voici cette note finale des Liaisons Dangereuses, à laquelle Baudelaire fait allusion :
« Des raisons particulières et des considérations que nous nous ferons toujours un devoir de respecter nous forcent de nous arrêter ici.
Nous ne pouvons, dans ce moment, ni donner au lecteur la suite des aventures de M "• de Volanges, ni lui faire connaître les sinistres événements qui ont comblé les malheurs ou achevé la punition de M'-c de Merteuil.
Peut-être, quelque jour, nous sera-t-il permis de compléter cet ouvrage ; mais nous ne pouvons prendre aucun engag^ement à ce sujet : et quand nous le pourrions, nous croirions encore devoir auparavant consulter le goût du public, qui n'a pas les mêmes raisons que nous de s'intéressera cette lecture. » {Note de V Editeur.)
Baudelaire se proposait sans doute d'écrire à Ghampfleury, mieux fourni que lui en curiosités de toutes sortes, pours'intormer si cette seconde partie avait jamais été publiée par Choderlos de Laclos.
Peut-être aussi la phrase finale de la note de l'éditeur avait-elle
Sorte sa pensée sur la vérité du récit : et il aurait alors voulu demaner à Ghampfleury la clef des Liaisons dangereuses. » ^£d. Champion.)
LES TRAVAILLEURS DE LA MER (i)
Les Copeaux du Rabot.
Gilliat (Juliette, JuUiot, Giliard, Galaad).
Les Iles de la Manche. Tiédeur. Fleurissement. Superstitions. Le Roi des Aux Aimées.
Québec. Canada, Français baroque et archaïque. Patois composite.
Simplicité de la fable .
La vieille langue de Mer.
Idylle, petit poème.
Mots suggestifs dans le portrait de Dériichette.
Le vent. Le météore. Le naufrage.
La grotte enchantée. Le poulpe.
Le Clergé Anglican.
L'amour fécond en sottises et en grandeurs.
Le suicide de Gilliat.
Glorification de la Volonté.
La joie de Lethierry (Dramaturgie).
Le Dénouement fait de la peine (critique flatteuse).
(i) Collection Grépet. •