SUR LES BEAUX-ARTS
trop personnel, et conséquemment trop aristocratique, pour enchanter d'autres personnes que les hommes de lettres et les artistes, gens très amoureux de toute personnalité vive. Non seulement Teau-forte est faite pour glorifier Tindividualilé de Tartiste, mais il est même impossible à Tartiste de ne pas inscrire sur la planche son individualité la plus intime. Aussi peut-on affirmer que, depuis la découverte de ce genre de gravure, il y a eu autant de manières de le cultiver qu'il y a eu d'artistes aqua^f artistes. Il n'en est pas de même du burin, ou du moins la proportion dans l'expression de la personnalité est-elle infiniment moindre.
On connaît les audacieuses et vastes eaux-fortes de M. Legros: cérémonies de l'Eglise, processions^ offices nocturnes, grandeurs sacerdotales, austérités du cloître, etc., etc.
M. Bonvin, il y a peu de temps, mettait en vente, chez M. Cadart (l'éditeur des œuvres de Bracquemond, de Flameng,de Chifflart), un cahier d'eauxfortes, laborieuses, fermes et minutieuses comme sa peinture.
' C'est chez le même éditeur que M. Yonkind, le charmant et candide peintre hollandais, a déposé quelques planches auxquelles il a confié le secret de ses rêveries* singulières abréviations de sa peinture, croquis que sauront lire tous les amateurs habitués à déchiffrer l'âme d'un peintre dans ses plus rapides gribouillages (grriiotttV/agr^ est le terme dont [se] servait, un peu légèrement, le brave Diderot pour caractériser les eaux-fortes de Rembrandt).
MM. André Jeanron, Ribot, Manet viennent de faire aussi quelques essais d'eau-forte, auxquels
M. Cadart a donné Thospitalité de sa devanture de la rue Richelieu.
Enfin nous apprenons aue M. John-Lewis Brown veut aussi entrer en danse. M. Brown, notre compatriote malgré son origine anglaise, en qui tous les connaisseurs devinent déjà un successeur, plus audacieux et plus fin, d'Alfred de Dreux, et peut-être un rival d'Eugène Lami, saura évidemment jeter dans les ténèbres de la planche toutes les lumières et toutes les élégances de sa peinture anglo-française.
Parmi les différentes expressions de Tart plastique. Peau-forte est celle qui se rapproche le plus de Texpression littéraire et qui est la mieux faite pour trahir Thommc spontané. Donc, vive Teau-forte!
CATALOGUE DE LA COLLECTION DE M. CRABBE (i)
DiAz. — Papillotages de lumière tracassée à travers des ombrages énormes.
DUPRÉ. — Mirages magiques du soir.
LEYS. — Manière archaïque, première manière, plus naïve.
ROSA BONHEUR. — Le meilleur que j'aie vu, une bonhomie qui tient lieu de distinction.
DECAMPS. — Un des meilleurs. Grand ciel mamelonné, profondeur d'espace.
— Paysage énorme en petite dimension. L'âne de Balaam. A précédé les Doré.
— Trois soldats ayant coopéré à la Passion. Terribles bandits à la Salvator. La couronne d'épines et le sceptre de roseau expliquent la profession de ces malandrins.
MADOu. — Charlet flamand.
CABAT. — Très beau, très rare, trèsombragé,très herbu, prodigieusement fini^ un peu dur, donne la plus haute idée de Cabat, aujourd'hui un peu oublié.
RICARD. — Un faux Rembrandt. Très réussi.
PAUL DELAROGHE. — 'Douue uuc idée meilleure de
(i) Collection Grépei. — Quelques fragments de ce catalo|^e avaient été publiés par Gil mas (i4 juin 1890), à roccasion de la vente delà collection Grabbe ; d'autres par VArt et les Artistes, n« aO.
a6o œuvues posthumes
Delaroche que l'idée habituelle. Etude simple et sentimentale.
MEissoNiER. — Un petit fumeur méditatif. Vrai Meissonier sans grandes prétentions. Excellent spécimen.
TROYON. 1860. — Excellents spécimens. Un chien se dresse contre un tertre avec une souplesse nerveuse et regarde à l'horizon.
— Vaches. Grand horizon. Un fleuve. Un pont.
— Bœuf dans un sentier.
ROBERT FLÊURY. — Dcux scèucs historiqucs.
Toujours le meilleur spécimen. Belle entente du théâtre.
JULES BRETON. DcUX.
ALFRED STEVÉNS. — Une jeuue fille examinant les plis de sa robe devant une psyché.
— Une jeune fille, type de virginité et de spiritualité, ôte ses gants pour se mettre au piano.
Un peu sec, un peu vitreux.
Très spirituel, plus précieux que tout Stevens.
— Une jeune femme regardant un bouquet sur une console.
On n'a pas assez loué chez Stevens l'harmonie distinguée et bizarre du tout.
JOSEPH STEVENS. — Misérablo logis de saltimbanques.
Tableau suggestif. Chiens habillés. Le saltimbanque est sorti et a coifi^é un de ses chiens d'un bonnet dé houzard pour le contraindre à rester immobile devant le miroton qui chauffe sur le poêle.
jAGQUE. — Plus fini que tous les Jacque. Une basse-cour à regarder à la loupe.