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PREFACE

La France traverse une phase de vulgarité, Paris, centre et rayonnement de bêtise universelle. Malgré Molière et Déranger, on n'aurait jamais cru que la France irait si grand train dans la voie du progrès. — Questions d'art, terrœ ignotœ.

Le grand homme est bête.

Mon livre a pu faire du bien. Je ne m'en afflige pas. Il a pu faire du mal. Je ne m'en réjouis pas^

Le but de la poésie. Ce livre n'est pas fait pour mes femmes, mes filles ou mes sœurs.

On m'a attribué tous les crimes que je racontais.

{ 1 ) Rapprocher de cette phrase celle-ci, qui se trouve au début de la Préface des Paradis artificiels : « Pour digérer le bonheur naturel comme l'artificiel, il faut avoir le courage de l'ayaler, et CÇU3L qui mériteraient peut-être le bonheur sont justement ceux-là à ooi la félicité, telle que la conçoivent les mortels, a toujours fait Felfet d'un vomitif. » (Note de M. Eugène Grépct.)

Divertissement de la baîne et du mépris. Les élégiaques sont des canailles.^/ y ^rèam carofactum est. Or le poète n'est d'aucun parti. Autrement, il serait un simple morteh

Le Diable. Le péché originel. Homme bon. Si vous vouliez, vous seriez le favori du Tyran; il est plus difficile d'aimer Dieu que de croire en lui. Au contraire, il est plus difficile pour les gens de ce siècle de croire au diable que de l'aimer. Tout le monde le sent et personne n'y croit. Sublime subtilité du Diable.

Une âme de mon choix. Le Décor. — Ainsi la nouveauté. — L'Epigraphe. — D'Aurevilly. — La Renaissance. — Gérard de Nerval. — Nous som- , mes tous pendus ou pendables.

J'avais mis quelques ordures pour plaire à MM. les journalistes. Ils se sont montrés ingrats.

[Notes.]

Comment, par une série d'efforts déterminée, l'artiste peut s'élever à une originalité proportionnelle ;

Comment la poésie touche à la musique par une prosodie dont les racines plongent plus avant dans l'âme humaine que ne l'indique aucune théorie classique ;

Que la poésie française possède une prosodie mystérieuse et méconnue, comme les langues latine et anglaise ;

Pourquoi tout poète, qui ne sait pas au juste combien chaque mot comporte de rimes, est incapable d'exprimer une idée quelconque ;

Que la phrase poétique peut imiter (et par là elle

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louche à Tart musical et à la science mathématique) la ligne horizontale, la ligne droite ascendante, la ligne droite descendante; qu'elle peut monter à pic vers le ciel , sans essoufflement, ou descendre perpendiculairement vers Tenfer avec la vélocité de toute pesanteur; qu'elle peut suivre la spirale, décrire la parabole, ou Iç zigzag figurant une série d'angles superposés;

Que la poésie se rattache aux arts de la peinture, de la cuisine et du cosmétique par la possibilité d'exprimer toute sensation de suavité ou d'amertume, de béatitude ou d'horreur, par l'accouplement de tel substantif avec tel adjectif, analogue ou contraire;

Comment, appuyé sur mes principes et disposant de la science que je me charge de lui enseigner en vingt leçons, tout homme devient capable de composer une tragédie qui ne sera pas plus sifflée qu'une autre, ou d'aligner un poème de la longueur nécessaire pour être aussi ennuyeux que tout poème épique connu.

Tâche difficile que de s'élever vers cette insensibilité divine! Car moi-même, malgré les plus louables efforts, je n'ai su résister au désir de plaire à mes contemporains, comme l'attestent en quelques endroits, apposées comme un fard, certaines basses flatteries adressées à la démocratie, et même quelques ordures destinées à me faire pardonner la tristesse de mon sujet. Mais MM. les journalistes s'éLant montrés ingrats envers les caresses de ce genre, j*en ai supprimé la trace, autant qu'il m'a été possible, dans cette nouvelle édition.

Je me propose, pour vérifier de nouveau l'excellence de ma méthode, de l'appliquer prochainement

à la célébration des jouissances de la dévotion et des ivresses de la gloire militaire, bien que je ne les aie jamais connues.

Note sur les plagiats (i). — Thomas Gray. Edgar Poe (2 passages). Longfellow (2 passages). Stace. Virgile (tout le morceau d!Andromaqué). Eschyle. Victor Hugo.

Tranquille comme un sage et doux comme un maudit (2),

J'ai dit :

Je t'aîme, ô ma très belle, à ma charmante...

Que de fois...

Tes débauches sans soif et tes amours sans âme,

Ton goût de Tinfini Qui partout, dans le mal lui-même, se proclame.

Tes bombes, tes poignards, tes victoires, tes fêtes, Tes faubourgs mélancoliques, Tes hôtels garnis.

Tes jardins pleins de soupirs et d'intrigues, Tes temples vomissant la prière en musique, Tes désespoirs d'enfant, tes jeux de vieille folle, Tes découragements ;

Et tes feux d'artifice, éruptions de joie. Qui fout rire le Ciel, muet et ténébreux.

Ton vice vénérable étalé dans la soie,

(i) Cette phrase semble se. rapporter à la dernière ligne de la seconde préface. C'est une liste des imitations que Baudelaire a faites des poètes dont il cite les noms. (Note de M, Eugène Crépet. )

(a) Cette pièce, restée à l'ëtat d'ébauche, devait faire partie de la a» édition des Fleurs. (V. Lettres^ juillet ou août 1860.) L'idée première en a été reprise dans le sonnet Epilogue qui termine les Petits Poèmes en prose (œuvres complètes, t. IV.) — Cf. Lettres^ lettre à Poulet-Malassis, juillet ou août 1860.

Et ta vertu risible, au regard malheureux, Douce, s'extasiant au luxe qu'il déploie.

Tes principes sauvés et tes lois conspuées,

Tes monuments hautains où s'accrochent les brumes,

Tes dômes de métal qu'enflamme le soleil,

Tes reines de théâtre aux voix enchanteresses.

Tes tocsins, tes canons, orchestre assourdissant,

Tes magiques pavés dressés en forteresses.

Tes petits orateurs, aux enflures baroques.

Prêchant l'amour, et puis tes égouts pleins de sang, S'cDi^^oufiFrant dans l'Enfer comme des Orénoques,

Tes a tiges, tes bouffons neufs aux vieilles défroques. Anges revêtus d'or, de pourpre et d'hyacinthe, . vous, soyez témoins que j'ai fait mon devoir Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.

Car j'ai de chaque chose extrait la quintessence,

Tu mas donné ta boue et j'en ai fait de Tor.

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