‹ Œuvres posthumesChapitre 84 sur 86 · SIFFLONS SUR LE RESTE · texte numérisé non relu

SIFFLONS SUR LE RESTE

Sous l'ex-roi, il y avait une pairie^ c'est-à-dire

ZgS ŒUYHSS POSTHUMES

des vieillards impotents pleins de serments, et de rhumatismes.

Il n'y a plus de pairie : sifflons sur le reste! Sous l'ex-roi, il y avait des soldats barbares, ivres de sang, les municipaux dont la joie était de descendre un homme du. peuple.

Il n'y a plus de municipaux : sifflons sur le reste 1

Sous Tex-roi, il y avait un cens électoral; moyennant 5oo fr., un imbécile avait le droit de parler à la Chambre; moyennant 200 fr,, un bourgeois avait le droit de se faire représenter par un imbécile.

Il n'y a plus de cens : sifflons sur le reste! Sous Tex-roi, il y avait un timbre; une petite gravure large comme un sou qui empêchait les citoyens intelligents d'éclairer leurs frères. Il n'y a plus de timbre : sifflons sur le reste! Sous Tex-roi, il y avait un impôt sur le sel, qui empêchait la fertilisation des terres, qui enrayait les socs des charrues.

Il n'y a plus d'impôt sur le sel : sifflons sur le reste!

Sous Tex-roi, il y avait des tas de foutriçuets, une légion de ventrus, des armées de bornes; tous puisaient à pleines mains dans le coffre des fonds secrets et s'enrichissaient aux dépens du peuple. Il n'y a plus de foutriquets, il n'y a plus de ventrus, il n'y a plus de bornes que celles des rues. Sifflons sur le reste !

— L'Odéon représenta, quelque temps avant la

BAUDELAIRE JOURNALISTE Sgg

Révolution, le Dernier Figaro, du sieur Lesguillon. Cet auteur de bas étage fit une pièce contrerévolutionnaire; sous Tex-roi, il en avait le droit; d'ailleurs, la censure n^eût pas permis de montrer les hommes de 89 à 98 sous leur vrai jour. Mais aujourd'hui il est question de remonter celte misérable pièce avec des replâtrages républicains*

Les écoles qui ont sifflé et resifflé le Figaro révolutionnaire ne doivent pas davantage laisser revenir Figaro avec ses bandages, ses compresses, ses béquilles républicaines.

Le peuple saurait bien se conduire si le citoyen Alexandre Dumas tentait de républicaniser son immorale pièce des Girondins.

— Le sieur Châtel a fait four. Personne ne veut entendre parler de son Eglise française. Voyezvous, du reste, le lendemain de la prise des Tuileries, le religionnaire idiot qui croit qu'on a le temps de penser à ses messes en mauvais français !

Le peuple a lui-même déchiré toutes les proclamations et placards de ce nigaud de primat des Gaules.

— Quelqu'un court dans le Quartier Latin pour récolter des signatures au bas d'une pétition à cette fin de garder le sieur Orfila à la Faculté.

Ce vendeur de perlinpinpin, ce chanteur bouffon se sent donc destitué ; il est donc coupable.

En toute matière de ce genre, prenons garde à l'indulgence 1

— A bientôt la reprise, au Théâtre de la République, du Roi s'amuse, une des grandes œuvres du citoyen Victor Hugo. 11 faut que le Théâtre de la Porte-Saint-Martin reprenne au plus vite et t Auberge des Adrets, et Robert Macaire, et surtout

celte belle pièce de Vautnn^de notre grand romancier, le citoyen Balzac.

On parle de jouer Pinto, A quoi bon s^ennuyer pendant trois heures pour entendre crier : A bas Philippe I Allusion très significative sous Tex-roi, mais sans portée aujourd'hui.

— Que les citoyens ne croient pas aux dames Hermance Lesguillon, aux sieurs Barthélémy, Jean Journet et autres qui chantent la République en vers exécrables .

L'empereur Néron avait la louable habitude de faire rassembler dans un Cirque tous les mauvais poètes et de les faire fouetter cruellement.

Les rédacteurs: ghampfleurt,

BAUDELAIRE et TODBIN.

Imp. Ed. Bautruche, r. delà Harpe, 90.

LE HIBOU PHILOSOPHE (i)

[note]

— Que le titre soit placé haut, que le papier ait l'air bien rempli.

— Que tous les caractères employés soient de la même famille, — unité typographique, — que les annonces soient bien serrées, bien alignées, d'un caractère uniforme.

— Je ne suis pas très partisan do rhabiuide d'imprimer certains articles avec un caraclère plus fin que les autres.

— Je n'ai pas d'idée sur la convenance de diviser la page en trois colonnes au lieu de la diviser en deux.

— ARTICLES A FAIRE i Appréciation générale des ouvrages de Th. Gautier, de Sainte-Beuve- — Appréciation de la direction et des tendances de la Revue des Deux^Mondes. — Balzac^ aiileur dramatique. — La Vie des coulisses, — L'Esprit d'atelier. — Gustave Planche j éreintement radical ^ nullité et cruauté de l'impuissance, style d'imbécile et de magistrat. — Jules Janin : éreintage absolu ;

(i) Octave Uzanne, le l^ivre, lo septembre 1884. — Le Hibou philosophe est le titre d'un hebdomadaire qu'avaient projeté de compa^ie Baschet, Baudelaire, Champfleury, Monselet H André Thomas, vers i853.

402 ŒUVRES P0STHUMR8

ni savoir, ni style, ni bons sentiments. — Alexandre Dumas : à confier à Monselet ; nature de farceur : relever tous les démentis donnés par lui à l'histoire et à la nature ; style de boniment. — Eugène Sue : talent bête et contrefait. — Paul Féval : idiot.

OUVRAGES DESQUELS ON PEUT FAIRE UNE APPRE- CIATION : Le dernier volume des Causeries du lundi. Poésies d'Houssaye et de Brizcux. Lettres et Mélanges de Joseph de Maistre. La Religieuse de Toulouse: a tuer. La traduction d'Emerson. Faire des comptes-rendus des faits artistiques. Examiner si Tabsence de cautionnement et la tyrannie actuelle nous permet de discuter, à propos de Fart et de la librairie, les actes de l'administration.

— Examiner si l'absence de cautionnement ne nous interdit pas de rendre compte des ouvrages d'histoire et de religion . Eviter toutes tendances, allusions, visiblement socialistiques, et visiblement courlisanesques.

— Nous surveiller et nous conseiller les uns les autres avec une entière franchise. Dresser à nous cinq la hste des personnes importantes, hommes de lettres, directeurs de revues et de journaux, amis à propagande, cabinets de lecture, cercles, restaurants et cafés, libraires auxquels il faudra envoyer le Hibou philosophe; faire les articles sur quelques auteurs anciens, ceux qui, ayant devancé leur siècle, peuvent donner des leçons pour la régénération de la littérature actuelle. Exemple : Mercier, Bernardin de Saint-Pierre, etc..

— Faire un article sur Florian (Monselet);

— sur Sedaine (Monselet ou Champfleury) ;

— sur Ourliac (Cliampfleury) ;

faire à nous cinq un grand article : la Vente des vieux mots aux enchères^ de V Ecole classiqfte, de C Ecole classique galante^ de l'Ecole roman£u/ue naissante, de l* Ecole lunatique, de l'Ecole lance dt? Tolède, de r Ecole olympienne (V. Hugo), de /'E-^ cote plastique (T. Gautier), de l'Ecole païenne {i) (Banville), de l'Ecole poitrinaire, de l'Ecole du bon sens (2), de l'Ecole mélancolico-farceuse (Alfred de Musset).

— Quant aux nouvelles que nous donnerons, qu'elles appartiennent à la littérature Aii^fanias^ tique, ou qu'elles soient des études de mœurs, des scènes de la vie réelle, autant que possible en style dégagé, vrai et plein de sincérité.

(i) On sait que le chapitre XIV de VArt Romantique porle ce titre.

(a) V. la note de Drames et Romans honnêtes, — Œ. C, lorïi(?îlT, p. 395.

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NOUVELLES ET ROMANS (r)

[Liste de titres.]

Un Affamé. — L'Almanach. — L'Amour du rouge. — V Amour parricide. — L'Autel ck: lu volonté. — L'Automate. — Jeanne et raulomale, — La Baignoire. — Le Bain et la toilette. — Le Boa. ' — Boni/ace. — Le Triomphe du jeune Boniface. — Une brebis galeuse. — Le Catéchisme de la femme aimée. — Le Crime au collège. — La Ciguë islandaise (voyez Gœrres). — Le Déserteur. — Le Déserteur incorrigible. — Le Déshabillage. — Les Enfants précoces. — Les Enseignements d'un monstre. — L'Entreteneur. — La Femme malhonnête- — La Fin du monde. — Le Fou raisonnable et la belle aventurière. — Les Heureux de ce [ou du] monde.

— Un Homme en loterie. — L'Holocauste iavo* lontaire. — L'Holocauste. — Une Infâme adorée.

— La Licorne, — La Maîtresse de P idiot, ~ La

(i) Collection Grépet. — M. Eugène Crépet avait publia', u^i. cit. une grosse partie de ces listes ou notes. Nous imprimons en Jialiqae ceux de ces titres que Baudelaire avait soulignés.

4oO ŒUVRES POSTHUMES

Maîtresse vierge. — Le Mari compteur. — Le Marquis invisible (très important). — Les Mineurs.

— Le Monde sous-marin. — Les Monstres. — La Négresse aux yeux bleus. — Le Père qui attend toujours. — Pile ou face (i). — Le Portrait fatal

— Le Portrait impossible (par suite d'antipathie).

— Le Prétendant malgache. — Une Rancune. — Une Rancune satisfaite. — Rêve avertisseur. — Le Rêve prophète. — La Répartie heureuse. — Une Saute de vent. — Spéculation sur la poste. — La Traite des blancs. — Les Tribades. — Le Triomphe de Jeane. — Les Verriers. — Une Ville dans une ville. — Le Visage ingénu.

[Notes,']

Le Pauvre affamé. — * Supposons un pauvre affamé voulant profiter d'une fête publique et d'une distribution de vivres pour manger. Il est bousculé et assommé par la multitude.

L Almanach. — Bâtir une spéculation sur un calcul de probabilités relativement aux lettres chargées qui n'arrivent pas et aux indemnités qui en résultent.

L Amour parricide. — Peinture de l'auberge.

La femme, le mari, le père du mari. Les amants, toute la ville, y compris le procureur impérial et les gendarmes.

Raison de la haine de la femme contre le père.

Jalousie du mari. Le meurtre, le procès, l'exécution.

(i) Sur une note, les titres Pile ou face et Un affamé sont réunis par une accolade en face de laquelle on lit : Conspiration.

L'Automate. — Quel il est, comme amaiil.

Sorcier, en prévision de malheur, il veut luUer contre les lois de la nature. Son testameul : rf Si tu m'aimes vraiment...» Et il revit automatiquement. Sa maîtresse se demande laquelle des deux existences est un rêve. L'automate, souftlé par Tâme, lui persuade qu'elle a rêvé autrefois t:L qae maintenant il vit bien réellement.

Cependant l'âme, rougissant de créer le bonheur par le mensonge, préfère commettre un honncidc et réveille son amie par la mort, pour lui tout raconter dans le paradis.

Qu'est-ce que le paradis?

Jeanne et V Automate.

Vieil entreteneur. — Tous les libertinages.

La danse grammaticale.

La voix de l'adjectif me pénétra jusqu'aux os.

FRAGMENTS (i)

A. est libertin*

A. ne l'est pas encore.

A. mort ne Test plus.

A. devient libertin.

La froide épouse devient la chaude amante d'un mort.

Sans doute dans quelques moments de délire, je lui prodiguai des caresses bien vives, car il me dit plusieurs fois qu'il n'aurait jamais supposé tant de diaboliques erreurs dans l'amour d'une honnête femme, surtout d'une philosophe.

Voix du paradis.

Le hic, c'est le drame de la Révélation.

^ Le style d'autant plus décent que les idées sont ' moins décentes.

Ce qui devient la touche mystérieuse.

Il y a dans la maigreur une indécence qui la rend charmante.

La fin du monde. — Un roman sur les derniers hommes, — Les mêmes vices qu'autrefois. — DLs-

(i) Collection Crépet.

tances immenses. — De la guerre, des mariages, delà politique parmi les derniers hommes.

Les dernières palpitations du monde, luttes, rivalités. La haine. Le goût de la destruction et de la propriété. Les amours, dans la décrépitude de rhumanité. Chaque souverain n'a que cinquante hommes armés. (Eviter le dernier Homme) (i).

Le Fou raisonnable et la belle aventurière. — Jouissance sensuelle dans la société des extravagants

Quelle horreur et quelle jouissance dans un amour pour une espionne, une voleuse, etc.! La raison morale de cette jouissance.

Il faut toujours en revenir à de Sade, c'est-àdire à l'homme naturel y pour expliquer le mal. Débuter par une conversation, sur Tamour, entre gens difficiles.

Sentiments monstrueux de l'amitié ou de Tadmiration pour une femme vicieuse.

Trouver des aventures horribles, étranges, à travers les capitales.

La Belle Aventurière. — Roman plutôt que poème.

La Maîtresse vierge. — La femme dont on ne jouit pas est celle que Ton aime.

Délicatesse esthétique, hommage idolâtrique des blasés.

Ce qui rend la maîtresse plus chère, c'est la débauche avec d'autres femmes. Ce qu'elle perd en jouissances sensuelles, elle legagneen adoration. La

(i) Titre du poème en prose de Grsiaville.

4lO ŒUVRES POSTHUMES

conscience d'avoir besoin du pardon rend l'homme plus aimable. De la chasteté dans l'amour.

Pile ou face, — Avoir découvert une conspiration. — C'est presque une création. — C'est nu roman dont je liens le dénouement. — Je dispose de l'Empire. — Alternative, hésitation. — Pourquoi sauver l'Empire? Pourquoi le détruire ? — Donc pile ou face.

Peut-être une comédie.

Le Portrait fatal. — Méthode analytique pour vérifier le miracle. Portrait du défunt. Découverte du testament. Peinture d'une famille marquée de tristesse fatale.

Le Prétendant malgache. — Retrouver un numéro du Monde Illustré. — Voir MM. Reynaud, Pothey et Delvau, 9, rue Véron.

L'homme qui croît que son chien ou son chat, c'est le diable, ou un esprit quelconque enfermé.

L'homme qui voit dans sa maîtresse un défaut, un vice (physique ?) imagfinaire. Obsession.

L'homme qui se croit laid, ou qui voit en luimême un vice (physique ?) imaginaire. Obsession.

L'homme désespéré de n'être pas aussi beau que sa femme.

Celui qui n'est pas beau ne peut pas jouir de l'amour.

Voir la question de la Sultane Alida.

La Foire aux décorations. — Gazette des tribunaux, 3o septembre i858, M. Ducreux, substitut

Série de scènes du Directoire et du Consulat.

Modes de ces époques.

Estampes indécentes de ces époques.

Le style de Montesquieu.

Les jouissances de TEglise. Impressions libertines ressenties à Saint-Paul.

Une petite vieille qu'on suit.

La galerie de statues ou de tableaux pour le nouveau don Juan.

Théorie de la foi.

Appliquer à la joie, au se sentir vivre, l'idée d'hyperacuité des sens, appliquée par Poe à la douleur. Opérer une création par la pure logique du contraire. Le sentier est tout tracé, à rebours.

Ni remords ni regrets.

Qu'importe de souffrir beaucoup, quand on a beaucoup joui?

C'est une loi, un équilibre.

Trouver l'algèbre morale de ce dicton.

Refrains variés.

Ecrire à Malassis pour lui demander des livres sur les chauff'eurs, lès brigands, les sorciers, surtout après l'époque révolutionnaire.

Vendée.

Schinderhannes (i).

(i) Jean Buckler, dit Schinderhannes (Jean rEcorcheur), exécuté en i8o3, chef de brigands célèbre de l'autre côté du Rhin.

4l2 CBUVaES POSTHUMES

Brigands.

Sorcellerie.

Séquestrations.

Palais et prisons (souterrains).

Et des supplices et dos épouvantes I

Tout jeune, les jupons, la soie, les parfums, les genoux des femmes.

L'amour de la perfection. Tout ce dont il se dégoûte, il le détruit.

Il trouve une excuse.

Trouver le dénouement par voie d'analyse.

Pénétrer le sens (vague et général) des couleurs.

Divisions et subdivisions.

Le voluptueux, ayant oscillé longtemps, est tiré de la férocité dans la charité. Quel genre de malheur peut opérer sa conversion? La maladie de son ancienne complice. Lutte entre Tégoïsme, la pitié et le remords. Sa maîtresse (devenue sa fille) lui fait connaître les sentiments de paternité. — Remords : — qui sait s'il n'est pas l'auteur du mal ?

Sur l'album de Philoxène Boyer (i).

Parmi les droits dont on a parlé dans ces derniers temps, il y en a un qu'on a oublié, à la démonstration duquel tout le monde est intéressé, — le droit de se contredire.

(i) L'Echo de Paris, 19 juillet 1890.

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