‹ Œuvres posthumes complètes le Koran Sterne inéditChapitre 14 sur 173 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LE FÈVRR

Et maintenant il est grand temps d'en commencer un nouveau. — Mais me voila courant encore la poste ; — j’ai toujours été un écervelé. On doit accorder au lecteur le loisir de digérer. — Reprenons donc mon histoire un peu plus haut.

Mon père était Anglais et officier dans l'armée.

— Il était en garnison en Irlande à l’époque de ma naissance, qui arriva, — j’ai oublié l'année. — dans la ville de Clonmel. — Je restai en Irlande jusqu'à l’âge de douze ans, — et j’y reçus les premiers éléments de littérature, grâce à la bienveillance et à la bonté d'un lieutenant au même corps que mon père. — Il s'appelait Le Fèvre.

Mais en vérité je lui dois infiniment plus que ma grammaire latine. Ce fut lui qui m’enseigna la grammaire de la vertu. — Ce fut ce très-excellent homme qui le premier grava dans mon esprit les principes,

— non d’un prêtre , — mais d’un saint. — Ce fut lui qui satura mon âme d’humanité, de bienveillance et de charité. — Ce fut lui qui m’inspira

LE K011AN

pour les malheurs de l’homme celle vibration,

« Qui, pareille à l’aiguille aimantée, s'agite au contact des infortunes d'autrui, et tremble en tournant (1). »

— Ce fut lui qui m’apprit que la tempérance est la véritable source de la charité. C’est dans ce sens seulement qu’il est permis de dire qu’elle commence par soi-même. — Lecteurs, jetez aux pauvres vos gouttes, vos coliques, vos scorbuts.

— Ce fut lui qui me laissa cet admirable stimulant à la bienfaisance, — que pins une personne est pauvre et moins il faut pour lui être utile. — Ce fut lui qui adoucit ma nature et la doua de cette tendre sensibilité et de cette indulgente sympathie qui ont donné naissance aux douleurs et aux joies les plus vives de ma vie, et qui, je m’eu lie à Dieu, Réassureront dans l’autre monde un bonheur sans mélange. — Amen!

Ce digne homme est mort depuis longtemps; et c’est dans un sentiment de vénération reconnaissante pour sa mémoire qjue j’ai mentionné son nom ailleurs. — C’était tout ce que je pouvais faire ! — Si j’avais vu pousser une ortie sur sa tombe , je l'en aurais arrachée; — car certainement il n’y avait, dans les humeurs de son corps ou dans le tempérament de son esprit, rien dont une telle plante noli me tanyere eût pu se nourrir ou devenir l’emblème.

(I) Ode do M r * Greville. [{kite.de Ster/i*.), - • ; -,

Page 1