I*F I, ESPRIT K N MOU AI K
Jadis je préférais aux écrits tic Cjcéron les ('pitres de Pljne et les traités de morale de Sénèque, — à cause do lem's traits d’esprit et de leurs tournures recherchées. — Je me souviens aussi que je trouvais Horace et Catulle plats et insipides: — mais c’était à l’époque où j’admirais Martial et Cowley.
Des mets ordinaires, simplement accommodés, constituent certainement une nourriture phis saine que des plats très-relevés. — Mais celui dont l’appétit s’est habitué, ou plutôt dépravé, à l'usage de ces derniers aliments, ne peut plus sans diflicullé retrouver son goût naturel pour les premiers. — Nous sommes absolument daus le même cas en littérature] . ,• -
Ces badinages d’imagination et les jeux de mots peuvent peut-être produire cet effet de fixer plus fortement dans l’esprit un sentiment ; — mais je les ai vus rarement arriver à un autre résultat que celui — « de tourner (intour de la tète sans pénétrer dan$ le coeur. »
Des phrases ronflantes et des oppositions de mots peuvent remplir la cavité ordinaire de la mémoire de sentiments vifs capables d’aider un individu à briller dans ses écrits ou sa conversation. Mais tout cela manque de la vraie splendeur du savoir, du temperato usu , tandis que le bon sens et la raison exprimés plus simplement agissent sur nous comme un altérant, *- lentement, mais sûrement.
Nous bondissons peu à peu avec une vigueur qui n'est pas nôtre; cependant, comme nous ne pouvons attribuer directement notre force à un secours étranger, nous nous sentons portés à chérir, comme les fils de nos entrailles, le jugement et la vertu, que nous avons acquis par ce moyen. — Notre cœur, au contraire, accueille aussi froidement qu’wu enfant d'adoption ce que nous acquérons à l’aide seulement des ressouvenirs d'esptit.
Je moralise ici moi-même un peu dans le style que je censure, — mais j’ai laissé aller ma plume; r— - car, lorsque nous condamnons un défaut, — pour pousser notre pointe, — il est bon d’essayer à en donner un exemple. — On peut donc m'appliquer ce qui se disait de Jeremy, dans Amour pour Amour ( 1), « qu’il dédamait contre l’esprit avec tout l’esprit qu’il pouvait trouver. »
Mais j’ai résolu désormais d’être spirituel tout le
(1) Comértie de W. Conprève. {Note du Trad 1 . , -