PARTIE I
de rien — d’alïirmer qu’elle avail eu recours à moi flans sa détresse , que je l’avais tirée du .besoin et secourue dans son malheur, — et que cette considération même m’eût absolument empêché de tenter de la séduire, en supposant que j’eusse été assez libertin pour le désirer. — On me répondit toujours, — quelle était la femme d'un nuire.
Toutes les épouses, a ce qu il parait, doivent être traitées comme les reines d'Espagne; — qui, lorsqu’elles tombent dans un fossé, sont tenues d’y rester à barboter et a lutter contre la mort jusqu’à, ce que leur royal conjoint ait eu le temps ou la volonté de venir les en retirer. ^ <■
C’est un cas puni de mort; pour un sujet, que de porter un doigt profane sur Sa Majesté. Et comme \es jurisconsultes de la couronne n’ont pas encore pu déterminer en quel endroit de sa personne trèssacrée réside sa divinité , s’abstenir de poser la main sur une partie quelconque de son corps a toujours été réputé le mode de conduite le plus sûr.
L’une de ces misérables d'Ètat se laissa choir un jour de son palefroi sur le pavé de YEscurial. Son pied roya/ demeura engagé dans l’étrier, et son cheval la traîna longtemps autour du palais. Son fidèle écuyer courait à scs côtés, la tête tournée en arrière, le bras étendu — au-dessus de Sa Majesté, — et tenant son chapeau entre le pouce, l'index et le doigf du milieu, — comme les maîtres de. danse vous
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enseignent h le faire pour saluer. — Enfin, le roi Don sortit du conseil et vint replacer en position décente cette même Majesté. — Elle eut pu perdre la vie, grâce h la Magna Charta ministérielle de l 'étiquette.
Cette aventure m’obligea a m’endetter pour la première fois. — Je me vis forcé d'emprunter, a cette occasion, deux cents livres, en dehors de mon propre avoir. — Je n’avais pas de garanties suffisantes a offrir. — Par bonheur, le capitaine Le Fèvre venait justement de vendre son grade dans l’armée,
— je lui donnai l'histoire en hypothèque , et il me prêta l’argent.
Il n’était pas homme à accepter d’intérêts, aussi je lui fis un cadeau. Il aimait beaucoup la lecture.
— Une collection d’écrits spirituels et amusants, intitulés le Monde (1), venaient d'être réunis et publiés en quatre volumes. — Je les lui envoyai avec les vers suivants. — C'étaient les premières rimes que de ma vie.j’eusse jamais essayé d’aligner.
v ' AU CAPITAINE LEWIS LE FÈVRE.
11 est juste que je tente une aventure sur les domaines de l'esprit pour celui qui m’a témérairement prêté de l’argent. — 1
(1) Ouvrage périodique publié de janvier 1753 à décembre 1756, par le Docteur Moore, avec la collaboration d'Horace Walpole, de I-orrt Lyltellon, de Soame Jenyns et du Comte de Cbeslerfield. (.Voir du Trod.)