‹ Œuvres posthumes complètes le Koran Sterne inéditChapitre 43 sur 173 · LE CONVERTI · texte numérisé non relu

LE CONVERTI

Je m’étais lié autrefois avec un homme de sens et de vertu, mais qu’une certaine indolence d’esprit conduisait a adopter les opinions des autres, sans jamais prendre la peine de les examiner. Il avait plus d’esprit que de sagesse, et, pour lui comme pour Shàflsbury (1), une plaisanterie était un argument.

Je l'aimais et le plaignais — d’avoir assez de vertu pour agir justement et trop peu de sens pour juger de même. Nous avions eu de fréquents entretiens a ce sujet. — 11 me disait souvent qu’il donnerait tout au monde pour partager mes opinions, et il me demanda mon aide pour y arriver.

J’en fis bientôt un déiste sans autre secours que celui de ma pauvre philosophie personnelle. — ‘Je lui mis alors entre les mains Les Pensées sur la Re-

(1) Il fait du ridicule la pierre de louche de la vérité. (Note de Sterne.)

iujion de Duncan Forbes (1). Il lut ce livre attentivement, et me le rendit avec cette réflexion écrite au bas de la dernière page : « Tu m’as presque rendu chrétien . »

Je lui donnai ensuite les Pensées de Pascal sur le même sujet (2). 11 me les remit peu de temps après avec cette inscription sur la couverture : « Je pense, non pas presque, mais tout à fuit comme toi , — sauf sur le dogme absurde et antiphilosopbique de la transsubstantiation. »

Faites d’abord d’un individu un profond moraliste, et vous devrez vous en prendre a son indolence ou a son ignorance, plutôt qu’à son impiété ou à son incrédulité, si vous ne parvenez pas a le rendre chrétien. J'ai eu depuis la satisfaction de voir ce digne homme ajouter la foi aux bonnes œuvres et mener une vie orthodoxe et exemplaire au point de vue de la croyance et de la pratique.

Ce que nous devrions tous faire, etc.

(t) L'argument dont il se sert est celui-ci, que l'expiation par te sang et la sacrifice qui fait fa base des, rites juifs et païens étaient une idée si irrationnelle, qu'une révélation originelle du mode de rédemption qui devait plus tard se produire dans le système chrétien delà Providence, a pu seule eu faire admettre U foi et la .pratique. (Noie de Sterne.) . / . ..

(2) Dans les Lettres provinciales, Pascal tire une de scs preuves les plus fortes de lu vérité du Christianisme, de l'obstination même d’une race entière à la nier encore aujourd'hui. Il appelle les juifs un miracle permanent, parce qu’ils ont conservé te caractère que leur assigne la malédiction prophétique (Note de Sterne ]

LE. KOJIAN.

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