SENSIBILITÉ
Toutes les fois qu'il m’est arrivé «le lire a haute voix, en société, uue tragédie ou «juelques passages attendrissants d’histoire, de poésie on même de roman. mes yeux se sont remplis de larmes ot la voix m’a manqué. — Je m’attendais a produire le même cITct sur mes auditeurs ; — mais, au lieu de provoquer leurs larmes par ma lecture, je les ai souvent vus rire de mon émotion .
Je me suis retiré honteux, — non pas d eux, mais «le moi-même. — Je me suis délié de ma propre faiblesse plutôt que de la leur. — et la vanité qui m’avait fait supposer que j'avais sympathisé avec les anges a fait place a l'humiliante idée que j’étais atteint d une plus grande débilité d'esprit que les mortels. — J’ai commencé a douter de l’énergie de mes facultés intellectuelles, et pendant quelque temps j’ai veillé avec un soin jaloux sur mes paroles et mes actions.
Mais b fréquentation et les sentiments de quel-
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ques esprits supérieurs m’ont un instant rendu un peu de confiance. J’ai tenté de nouveau la même expérience, et je me suis vu, derechef, replongé dans les mêmes réflexions mortifiantes. — Je me suis alors efforcé de tremper mon cœur à l’épreuve des maux d’autrui, — mais en vain. —
Les sentiments élevés sont bafoués par le monde cl ridiculisés, comme une faiblesse, par la philosophie stoïque. — Rien n’est plus propre à faire perdre contenance aux esprits délicats, qui, pour paraître sçiges , dissimulent leur sensibilité, et affectent Hn caractèi'e au-dessus de la nature humaine pour se modeler sur ceux qui sont au-dessous d'elle.