CONTRE LES SUISSES DU RÉGIMENT DE CHATEAÜVIEUX
^ RiVOI.TÙ A HAHCY,
ÏT »ÎT*» A PARU d’après nKK MOTIOIT DI COLLOT-d’hIRBOIS •.
Salut, divin Triomphe! entre dans nos murailles!
Rends*nous ces guerriers illustrés Par le sang de Desille* et par les funérailles De tant de Français massacrés.
Jamais rien de si grand n’embellit ton entrée.
Ni quand l’ombre de Mirabeau S’achemina jadis vers la voûte sacrée
Où la gloire donne un tombeau ;
Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie Rentrèrent aux murs de Paris,
1. Voyez page a6o, présent volume, l’ode composée sur le même sujet. ( Note de l’Éditeur. )
2. Tous les Français ont présent à leur mémoire cet infortuné Desille, ofRcier au régiment des Chasseurs du roi , en garnison à Nancy, et qui périt victime des troubles de cette ville, le 3 i août J 790. {Note de t Éditeur.')
3o4 ïambes.
Vainqueurs du Fanatisme et de la Calomnie, Prosternés devant ses écrits.
Un seul jour peut atteindre à tant de renommée;
Et ce beau jour luira bientôt !
C’est quand tu conduiras Jourdan à notre armée ,
Et La Fayette à l’échafaud '.
Quelle rage à Coblentz! quel deuil pour tous cesPrinces, Qui, partout diffamant nos lois.
Excitent contre nous et contre nos provinces Et les esclaves et les rois!
Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie.
Que leur front doit être abattu!
Tandis que parmi nous , quel orgueil , quelle joie , Pour les amis de la vertu!
Pour vous tous, ô Mortels! qui rougissez encore.
Et qui savez baisser les yeux!
De voir des échevins que la Râpée honore, '
Asseoir sur un char radieux Ces héros, que jadis sur les bancs des Galères
1 . Le sens ironique de cet ïambe est sensible par l’opposition que présente ce vers et les trois précédons. Un suppôt de Marat , que l’anarcbie de ces tems aurait pu associer à la gloire de nos armées , y contraste avec un vertueux défenseur du droit des peuples. L’un est ce Jourdan, d’Avignon, connu sons le nom de Coupe-téte , et qui , condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, périt sur l’écbafaud. L’autre est cet ami éclairé de la liberté qui dès sa plus tendre jeunesse lui consacra son bras et sa vie.
ïambes.
Assit un arrêt outrageant,
Et qui n’ont égorgé que très-peu de nos frères.
Et volé que très-peu d’argent.
Eh bien, que tardez- vdtis , harmonieux Orphées?
Si sur la tombe des Persans Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées.
Il faut de plus nobles accens :
Quarante meurtriers , chéris de Robespierre ,
Vont s’élever sur nos autels.
Beaux-arts! qui faites vivre et la toile et la pierre. Hâtez-vous, rendez immortels Le grand Collot-d’Herbois, ses cliens helvétiques. Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne, et le secours des piques!
Peuplez le Ciel d’astres nouveaux,
O vous ! Enfans d’Eudoxe, et d’Hippàrque, et d’Euclide !
C’est par vous que les blonds cheveux Qui tombèrent du front d’une Reine timide ‘
I. Bérénice, fille unique de Magas, roi de Cyrène, avait fait vœu de consacrer à Vénus Zephirienne sa chevelure, à laquelle elle attachait un grand prix, si Ptolémée Évergète, son époux, revenait vainquedr d’une expédition dangereuse. Ptolémée revint, et Béréniee accomplit sa promesse; mais, peu de tems après, ces cheveux se perdirent, on ne sait comment. Évergete, furieux, accusa les prêtres de négligence ; alors Conon, <le Samos, mathématicien, et habile courtisan, s’avisa de dire que ces cheveux avaient été transportés aux vieux; et, montrant près de la queue du Lion sept étoiles, qui Jusque-là n’avaient fait partie d’aucune constellation, il dé-
C®nvres postbaïues. UO
ïambes.
Sont tressés en célestes feux;
Par vous l’heureux vaisseau des premiers Argonautes Flotte encor dans l’azur des airs * :
Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes, Comme eux dominateurs des mers.
Que la Nuit de leurs noms embellisse ses voiles;
Et que le nocher aux abois invoque en leur galère, ornement des étoiles.
Les Suisses de Collot-d’Herbois ’ !
Au reste, puisque tous les magistrats de la Capitale nous assurent que cette fête n’est rien qu’une fête privée et particulière, et qu’elle n’a aucun des caractères d’une fête publique, on ne peut rien faire de mieux que de les croire : ainsi , il faut soigneusement prévenir tous les citoyens , qui pourraient s’égarer, en s’abandonnant imprudemment à un peu de logique, il faut, dis -je, les prévenir de ne point manquer de foi; et que, malgré toutes les apparences, les ordres qui interrompent le cours habituel des choses , comme
clai-a que c’était la Chevelure de Bérénice. Cette dénomination fut adoptée par les astronomes qui vinrent après lui ; et elle est demeurée en usage jusqu’à présent. {Noie de l’Éditeur.)
I. f’ojrez les premiers vers de l’ouvrage de Valerius Flaccus dont nous ne possédons que huit livres, et qui est intitulé : Histoire des Argonautes. { Note de l'Éditeur ).
a. Voyez dans les Œuvres anciennes la lettre aux auteurs du Journal de Paris, sur le même sujet. Elle est datée du 37 mars 1,79a. (Idem.)
ïambes. 3o)
celui de ne point sortir en carrosse , de ne point porter d’armes , etc. , ne sont point des caractères de fête publique.
Les discussions au sujet de cette fête, outre quelques lettres d’un magistrat qui égayeront un jour les lecteurs par leur bon sens et leur dialectique, ont du moins produit ce bieiHciC'o’est de faire connaître , par la franchise et la vigueur avec lesquelles plusieurs citoyens lOnt défendu l’honnêteté publique, que des siècles -d’esclaves , et les efforts sans nombre qu’on met tous les jours en œuvre pour corrompre et anéantir toutes les idées morales dans l’espcit de la Nation, n’ont pas pu réussir à nous ôter le sentimént de ce qui est bon et vrai. j . '
Il est bien fâcheux que l’an ne se soit pas arrêté dés l’oiigine à une fête en l’honiieur de la Liberté : fête avec laquelle les Suisses de Châteauvieux n’aunûent rien eu de. commun. Alors cette fête n’aurait point dû .être et n’aurait point été une fête privée, mais publique. L’allégresse générale, l’assentiment de tous les citoyens, le concours de toutes les autorités, des talens de David et d’autres artistes, alors bien employés,! lui auraient donné tcmt ce qu’elle devait avoir de grand et d’auguste; et tous les bons Français, en adorant la statue de leur Déesse, n’auraient pas eu le chagrin de la voir en pareille compagnie.
ao.
ïambes.
ïambe II‘.
Quand au mouton bêlant la sombre boucherie Ouvre ses cavernes de mort,
Pauvres Chiens et Moutons : toute la bergerie Ne s’informe plus de son sort.
Les enfans qui suivaient ses ébats dans la plaine;
Les vierges aux belles couleurs Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine Entrelaçaient rubans et fleurs.
Sans plus penser à lui le mangent, s’il est tendre: Dans cet abîme enseveli.
J’ai le même destin : je m’y devais attendre.
Accoutumons-nous à l’oubli.
Oubliés comme moi dans cet affreux repaire.
Mille autres moutons comme moi ,
Pendus aux crocs sanglans du charnier populaire Seront servis au Peuple-Roi.
Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main chérie, Un mot à travers ces barreaux,
A versé quelque baume en mon âme flétrie.
I. Ces vers ont été composés à Saint-Lazare peu de teras après son entrée dans cette prison. ( Note de l'Éditeur.)
UMBES. 3o(>
De l’or peut-être à mes bourreaux...
Mais tout est précipice. Ils ont eu droit de vivre : Vivez, Amis! vivez contens!
En dépit de Bavus soyez lents à me suivre.
Peut-être, en de plus heureux tems.
J’ai moi-même, à l’aspect des pleurs de l’Infortune, 'Détourné mes regards distraits;
A mon tour aujourd’hui mon malheur importune. Vive^, Amis! vivez en paix!
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