‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 116 sur 119 · I . Foyez le tome des OEuvres anciennes · texte numérisé non relu

I . Foyez le tome des OEuvres anciennes

« Le livre de M. Chénier, écrivait le roi de Pologne, m'a «> paru si modéré , si sage , si propre à calmer l’effervescence , « et si applicable même à d’autres pays, que je le fais traduire, n J’ai pensé que la médaille ci-jointe serait une marque conve- « nable du cas que je fais de cette production , et de l’opinion « que j’ai de l’auteur. » Note écrite au bas d’une copie autographe de cette lettre, trouvée dans les papiers d’André Chénier. {Note de l'Éditeur.)

Ma surprise a égalé ma respectueuse reconnaissance; mais, attentif depuis long-tems à tout ce qui se fait sur la terre pour le rétablissement de la raison et l’amélioration de l’espèce humaine, je n’étais pas assez étranger aux affaires de la Pologne, pour ne pas connaître le caractère de Votre Majesté, et le prix dont un pareil suffrage doit être aux yeux d’un honnête homme : aussi dois-je avouer que l’inscription de la médaille ne peut manquer de m’enorgueillir un peu, car elle me rappelle que c’est uniquement la pureté des principes que j’ai essayé de développer, et le désir ardent que j’ai eu d’étre utile, qui m’ont valu l’honneur que je reçois, et qui vous ont fait chercher dans la foule un inconnu, pour le prévenir par des marques aussi flatteuses de votre approbation. Vous avez. Sire, applaudi aux souhaits, et compati aux chagrins d’un homme pour qui il ne sera point de bonheur, s’il ne voit point la France libre et sage ; qui soupire après l’instant où tous les hommes connaîtront toute l’étendue de leurs droits et de leurs devoirs ; qui gémit de voir la vérité soutenue comme une faction , les droits les plus légitimes défendus par des moyens injustes et violens, et qui voudrait enfin qu’on eût raison d’une manière raisonnable.

Si l’ouvrage, quel qu’il soit, que j’ai publié dans ces intentions survit aux circonstances qui

l’ont fait iiaitre (et il n’est pas impossible que le souvenir des distinctions dont Votre Majesté l’a honoré lui assure cet avantage), ce sera, je ii’en doute pas, un des traits dont on se servira pour caractériser notre siècle et l’époque où nous vivons, qu’un pareil écrit ait été une recommandation auprès d’une tète couronnée. Mais cette particularité sera à peine remarquable dans l’histoire d’un homme-roi, dont la vie entière, animée du même esprit , n’aura été qu’un enchaînement d’efforts pour rappeler les hommes, ses concitoyens, à des institutions saines, et les élever à la hauteur de la Liberté; et qui, dans le dessein de poser ou d’affermir dans sa patrie les fondemens d’une constitution équitable et forte , auia mis en œuvre autant de soins, de ressources et d’activité que les rois en auraient employé jusqu’ici à outrager la nature humaine, et à éterniser son esclavage et sa honte. Les fables nous racontaient de semblables choses d’un Thésée; et, si les historiens antiques y joignaient les noms d’un on de deux rois, à qui elles attribuaient aussi cette divine pensée de rendre les peuples heureux par la liberté, et de circonscrire eux-mêmes volontairement leur pouvoir dans les justes limites de la loi et de la félicité publique, le spectacle de ce qui s’était passé dans notre Europe nous faisait rejeter ces histoires parmi les fables. Cette

incrédulité ne sera plus permise à ceux qui de nos jours tourneront les yeux vers la Pologne.

Je reconnaîtrais mal la bienveillance honorable que Votre Majesté m’a témoignée, si je l’embarrassais ici par des louanges ({ue ceux qui les méritent n’aiment pas à recevoir en face. Je crois, d’ailleurs, que les princes capables de concevoir et d’exécuter de si belles entreprises goûtent dans leur conscience une satisfaction trop au-dessus des louanges. Après ce témoignage intérieur, quel autre plaisir pourrait vous toucher, si ce n’est la réussite complète de ces vues humaines et bienfaisantes, et la douceur de sentir un jour et d’entendre tous les Polonais avouer que leur bonheur est votre ouvrage? Et il ne manquerait rien sans doute à la récompense qui vous est due, si ce noble exemple fructifiait à vos yeux dans tous les empires, et pouvait être imité par tous les rois. Puisse ce dernier succès vous être aussi assuré que les bénédictions de vos contemporains et de la postérité !

Agréez avec bonté. Sire, l’expression de mon respect et de ma reconnaissance , et les vœux ardens que je fais pour votre prospérité , que vous avez inséparablement attachée à celle de votre brave nation.

Paris, i8 octobre 1790.

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