‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 42 sur 119 · D’UNE IDYLLE DE BION · texte numérisé non relu

D’UNE IDYLLE DE BION

Loin des bords trop fleuris de Guide et de Paphos, Effrayé d’un bonheur ennemi du repos,

J’allais, nouveau pasteur, aux champs de Syracuse Invoquer dans mes vers la Nymphe d’Arélhuse , Lorsque Vénus, du haut des célestes lambris.

Sans armes, sans carquois, vint m’amener son fils. Tous deux ils souriaient. « Tiens, Berger, me dit-elle, « Je te laisse mon fils: sois son guide fidèle;

X Des champêtres douceurs instruis ses jeunes ans;

« Moiitre-iui la sagesse : elle habite les champs. » Elle fuit. Moi, crédule à cette voix perflde,

J’appelle près de moi l’enfant doux et timide.

Je lui dis nos plaisirs, et la paix des hameaux;

Un Dieu même au Pénée abreuvant des troupeaux; Bacchus et les moissons; quel Dieu, sur le Ménale, Forma de neuf roseaux une flûte inégale;

Mais lui, sans écouter mes rustiques leçons.

M’apprenait, à son tour, d’amoureuses chansons;

La douceur d’un baiser, et l’empire des belles;

ELEGIES

Tout l’Olympe soumis à des beautés mortelles ;

Des flammes de Vénus Pluton même animé;

Et le plaisir divin d’aimer et d’être aimé.

Que ses chants étaient doux! je m’y laissai surprendre; Mon âme ne pouvait se lasser de l’entendre.

Tous mes préceptes vains, bannis de mon esprit, Pour jamais firent place à tout ce qu’il m’apprit.

Il connut sa victoire; et sa bouche embaumée Me versa son doux miel sur ma bouche pâmée.

Il coula dans mon cœur; et, dès cet heureux jour. Et ma bouche et mon cœur n’ont respiré qu’amour.

ELEGIES

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