‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 52 sur 119 · ÉLÉGIE XI · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE XI

Ah ! portons dans les bois ma triste inquiétude.

O Camille ! l’Amour aime la solitude.

Ce qui n’est point Camille est un ennui pour moi. Là , seul , celui qui t’aime est encore avec toi.

Que dis-je? Ah! seul, et loin d’une ingrate chérie, Mon cœur sait se tromper : l’espoir, la rêverie,

La belle illusion , la rendent à mes feux ,

Mais sensible, mais tendre, et comme je la veux : De ses refus d’apprêt oubliant l’artidce.

Indulgente à l’amour, sans fierté, sans caprice.

De son sexe cruel n’ayant que les appas.

Je la feins quelquefois attachée à mes pas :

Je l’égare et l’entraîne en des routes secrètes. Absente, je la tiens en des grottes muettes...

Mais présente, à ses pieds m’attendent les rigueurs, Et, pour les songes vains , de réelles douleurs. Camille est un besoin dont rien ne me soulage; Rien à mes yeux n’est beau que de sa seule image. Près d’elle, tout, comme elle, est touchant, gracieux; Tout est aimable et doux, et moins doux que ses yeux.

ÉLÉGIES. 167

Sur l’herbe, sur la soie, au village, à la ville, Partout, reine ou bergère, elle est toujours Camille; Et moi toujours l’amant trop prompt à s’enflammer. Qu’elle outrage, qui l’aime, et veut toujours l’aimer.

ÉLÉGIES

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