‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historique, par m. H. de Latouche; revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 62 sur 119 · ÉLÉGIE XX · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE XX

(Dans le goût aocieQ. )

Pleurez, doux Alcyons! ô vous, Oiseaux sacrés, Oiseaux chers à Thétis, doux Alcyons, pleurez!

Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine!

Un vaisseau la portait aux bords de Camarine Là l’Hymen, les Chansons, les Flûtes, lentement Devaient la reconduire au seuil de son amant. Une clef vigilante a, pour cette journée ,

Sous le cèdre enfermé sa robe d’hyménée.

Et l’or dont au festin ses bras seront parés ,

Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés. Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles. Le vent impétueux qui soufflait dans ses voiles L’enveloppe: étonnée, et loin des matelots.

Elle tombe, elle crie, elle est au sein des flots.

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine!

Son beau corps a roulé sous la vagtie marine.

I. L’une des lies Philippines, situées dans la mer Orientale et découvertes par Magellan. ( Tinte de l’Éditeur. )

ÉLÉGIES. 191

Thétis, les yeux eu pleurs, dans le creux d’un rocher, Aux monstres dévorans eut soin de le cacher.

Par son ordre bientôt les belles Néréides S’élèvent au-dessus des demeures humides ,

Le poussent au rivage, et dans ce monument L’ont, au Cap du Zéphir, déposé mollement;

Et de loin , à grands cris appelant leurs compagnes , Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes. Toutes, frappant leur sein, et traînant un long deuil, Répétèrent , hélas ! autour de son cercueil :

« Hélas! chez ton amant tu n’es point ramenée;

« Tu n’as point revêtu ta robe d’hyménée ;

«L’or autour de ton bras n’a point serré de nœuds;

« Et le bandeau d’hymen n’orna point tes cheveux ! »

ELEGIES

ÉLÉGIE XXL

L’Art des transports de l’âme est iin faible interprète; L’Art ne fait que des vers : le cœur seul est poète. Sous sa fécondité le génie opprimé Ne peut garder l’ouvrage en sa tête formé ;

Malgré lui, dans lui-même, un vers sûr et fidèle Se teint de sa pensée, et s’échappe avec elle.

Son cœur dicte: il écrit. A ce maître divin Il ne fait qu’obéir, et que prêter sa main.

S’il est aimé, content; si rien ne le tourmente;

Si la folâtre joie et la jeunesse ardente Etalent sur son teint l’éclat de leurs couleurs.

Ses vers, frais et vermeils, pétris d’ambre et de fleurs. Brillant de la santé qui luit sur son visage.

Trouvent doux d’être au monde, et ^e vieillir est sage. Si, pauvre et généreux, son cœur vient de souffrir Aux cris d’un indigent qu’il n’a pu secourir;

Si la beauté qu’il aime, inconstante et légère. L’oublie, en écoutant une amour étrangère;

De sables douloureux si ses flancs sont brûlés,

.Ses tristes vers, en deuil, d’un long crêpe voilés.

Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes. Jugent qu’un prompt trépas est le seul bien des hommes.

ELEGIES

Toujours vrai , son discours souvent se contredit ; Comme il veut, il s’exprime: il blâme, il applaudit. Vainement la pensée est rapide et volage :

Quand elle est prête à fuir, il l’arrête au passage. Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant.

Il fixe le passé, pour lui toujours présent.

Et sait , de se connaître ayant la sage envie , Refeuilleter sans cesse et son âme et sa vie.

OEovres poslLaute».

ÉLÉGIES

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