ÉLÉGIE XXVI
S’iils n’ont point le bonheur, en est-ii sur la terre! Quel mortel, inhabile à la félicité.
Regrettera jamais sa triste liberté.
Si jamais des amans il a connu les chaînes?
Leurs plaisirs sontbien doux, et douces sontleurs peines. S’ils n’ont point ces trésors que l’on nomme des biens. Ils ont les soins touchans, les secrets entretiens; Des regards, des soupirs la voix tendre et divine. Et des mots caressans la mollesse enfantine.
Auprès d’eux tout est beau, tout pour eux s’attendrit : Le Ciel rit à la Terre, et la Terre fleurit;
Aréthuse serpente et plus pure et plus belle ;
Une douleur plus tendre anime Philomèle;
Flore embaume les airs. Ils n’ont que de beaux deux ; Aux plus arides bords Tempe rit à leurs yeux.
A leurs yeux tout est pur comme leur âme est pure; Leur asile est plus beau que toute la Nature.
La grotte , favorable à leurs embrassemens ,
D’âge en âge est un temple honoré des amans.
O rives du Pénée! Antres, Vallons, Prairies,
Lieux qu’Amour a peuplés d’antiques rêveries!
V^>iis, Bosquets d’A.nio! vous, Ombrages fleuris, Dont l’épaisseur fut chère aux nymphes de Lyris! Toi surtout, ô Vaucluse! ô retraite charmante!
Oh! que j’aille y languir aux bras de mon amante; De baisers, de rameaux, de guirlandes lié!
Oubliant tout le monde, et du monde oublié.
Ah! que ceux qui, plaignant l’amoureuse souffrance, N’ont connu qu’une oisive et morne indifférence,
En bonheur, en plaisirs, pensent m’avoir vaincu :
Ils n’ont fait qu’exister; l’amant seul a vécu.
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ÉLÉGIES