ÉLÉGIE XXXII
A LE BRUN
Mânes de Callimaque, ombre de Philétas ',
Dans vos saintes forêts daignez guider mes pas ! Pose , nouveau pontife, aux antres du Permesse , Mêler des chants français dans les chœurs de la Grèce. Dites en quel vallon vos écrits médités Soumirent à vos vœux les plus rares beautés.
Qu’aisément à ce prix un jeune cœur s’embrase!
Je n’ai point pour la gloire inquiété Pégase ; L’obscurité tranquille est plus chère à mes yeux Que de ses favoris l’éclat laborieux.
Peut-être, n’écoutant qu’une jeune manie.
J’eusse aux rayons d’Homère allumé mon génie.
Et, d’un essor nouveau jusqu’à lui m’élevant.
Volé de bouche en bouche , heureux et triomphant ; Mais la tendre Élégie et sa grâce touchante M’ont séduit: l’Élégie à la voix gémissante.
I . Callimaque et Philétas, célèbres poètes grecs, connus par des hymnes, des épigrammes et des élégies. L'antiquité regardait le premier comme le prince des poêles élégiaques. {Noie de l’Ed.)
MO ÉLÉGIES
Au ris mêlé de pleurs , aux longs cheveux épars ; Belle, levant au Ciel ses humides regards.
Sur un axe brillant c’est moi qui la promène Parmi tous ces palais dont s’enrichit la Seine;
Le peuple des Amours y marche auprès de nous; La lyre est dans leurs mains : cortège aimable et doux. Qu’aux fêtes de la Grèce enleva l’Italie!
Et ma fière Camille est la sœur de Délie'.
L’Élégie, ô Le Brun! renaît dans nos chansons;
Et les Muses pour elle ont amolli nos sons.
Avant que leur projet, qui fut bientôt le nôtre. Pour devenir amis nous offrît l’un à l’autre.
Elle avait ton amour, comme elle avait le mien ; Elle allait de ta lyre implorer le soutien.
Pour montrer dans Paris sa langueur séduisante Elle implorait aussi ma lyre complaisante.
Femme, et pleine d’attraits, et fille de Vénus,
Elle avait deux amans l’un à l’autre inconnus.
J’ai vu qu’à ses faveurs ta part est la plus belle;
Et pourtant je me plais à lui rester fidèle ;
A voir mon vers, au rire, aux pleurs, abandonné. De rose ou de cyprès par elle couronné.
Par la lyre attendris, les rochers du Riphée Se pressaient, nous dit-on, sur les traces d’Orphée; Des murs fils de la lyre ont gardé les Thébains ; Arion à la lyre a dû de longs destins ;