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qu'en fait de lumières. Mais est -il nécessaire que le clergé soit un corps politique dans l'État, et qu'il possède des richesses territoriales, pour que le peuple français reprenne des sentiments plus religieux? D'ailleurs, lorsque le clergé catholique exerçait un grand pouvoir en France dans le dixs^eptième siècle , il (it révoquer l'édit de IVantes ; et ce même clergé, dans le dix-huitième siède, s'opposa jusqu'à la révolution aux propositions de M. de ]\Ialesherbes , pour rendre l'état civil aux protestants. Comment donc les prêtres catholiques, s'ils étaient reconstitués en ordre de l'État, pourraient -ils admettre l'article de la charte qui proclame la tolérance religieuse? Enfin la disposition générale des esprits est telle , qu'une force étrangère pourrait seule faire supporter à la nation le rétablissement de l'ancienne existence des ecclésiastiques. Il faudrait, pour un tel but, que les baïonnettes de l'Europe restassent toujours sur le territoire de France , et ce moyen ne ranimerait sûrement pas l'attachement des Français pour le clergé.
Sous le règne de Bonaparte, on n'a bien fait que la guerre; et tout le reste a été sciemment et volontairement abandonné. On ne lit presque plus en province , et l'on ne connaît guère les livres à Paris que par les journaux, qui, tels que nous les voyons, exercent la dictature de la pensée , puisque c'est par eux seuls que se forment les jugements. Nous rougirions de comparer l'Angleterre et l'Allemagne avec la France , sous le rapport de l'instruction universelle. Quelques hommes distingués cachent encore notre misère aux yeux de l'Europe ; mais l'instruction du peuple est négligée à un degré qui menace toute espèce de gouvernement. S'ensuit -il qu'on doive remettre l'éducation publique aux prêtres exclusivement.? Le pays le plus religieux de l'Europe , l'Angleterre, n'a jamais admis une telle idée. On n'y sonse ni dans l'Allemagne catholique ni dans l'AlIemangne protestante. L'éducation publique est un devoir des gouvernements envers les peuples , sur lequel ils ne peuvent prélever la taxe de telle ou telle opinion religieuse.
Ce que veut le clergé en Franc?, ce qu'il a toujours voulu, c'est du pouvoir; en général les réclamations qu'on entend , au nom de l'intérêt public , se réduisent à des ambitions de corps ou d'individus. Se publie-t-il un livre sur la politique, avez-vous de la peine à le comprendre, vous paraîtil ambigu, contradictoire, confus.' traduisez-le par ces paroles : Je veux être ministre ; et toutes les obscurités vous seront expliquées. En effet, le parti
dominant en France, c'est celui qui demande des places; le reste n'est qu'une nuance accidentelle à coté de cette uniforme couleur; la nation cependant n'est et ne peut être de rien dans ce parti.
En Angleterre, quand le ministère change, tous ceux qui remplissent des emplois donnés par les ministres n'imaginent pas qu'ils puissent en recevoir de leurs successeurs; et cependant il ne s'agit entre les divers partis anglais que d'une très-légère différence : les Torys et les \Vhigs veulent tous les deux la monarchie et la liberté , quoiqu'ils diffèrent dans le degré de leur attachement pour l'une et pour l'autre. Mais, en France, on se croyait le droit d'être nommé par Louis XVIII , parce qu'on avait occupé des places sous Bonaparte ; et beaucoup de gens, qui s'appelaient patriotes, trouvaient extraordinaire que le roi ne composât pas son conseil de ceux qui avaient jugé son frère à mort. Incroyable démence de l'amour du pouvoir! Le premier article des droits de l'homme en France, c'est la nécessité pour tout Français d'occuper un emploi public. ,
La caste des solliciteurs ne sait vivre que de l'argent de l'État; aucune industrie, aucun commerce, rien de ce qui vient de soi ne leur semble une existence convenable. Bonaparte avait accoutumé de certains hommes , qui se disaient la nation, à être pensionnés par le gouvernement; et le désordre qu'il avait mis dans la fortune de tout le monde, autant par ses dons que par ses injustices, ce désordre était tel , qu'à son abdication un nombre incalculable de personnes, sans aucune ressource indépendante , se présentaient pour toutes les places , à la marine , ou dans la magistrature , au civil ou dans le militaire, n'importe. La dignité du caractère , la conséquence dans les opinions, l'inflexibilité dans les principes, toutes les qualités d'un citoyen, d'un chevalier, d'un ami de la liberté, n'existent plus dans les actifs candidats formés par Bonaparte. Ils sont intelligents, hardis, décidés , habiles chiens de chasse , ardents oiseaux de proie; mais cette intime conscience, qui rend incapable de tromper, d'être ingrat, de se montrer servile envers le pouvoir et dur pour le malheur; toutes ces vertus, qui sont dans le sang aussi bien que dans la volonté raisonnée, étaient traitées de chimères , ou d'exaltation romanesque , par les jeunes gens mêmes de cette école. Hélas! les malheurs de la France lui rendront de l'enthousiasme; mais, à l'époque de la restauration, il n'y avait presque point de vœux décidément formés pour rien; et la nation se réveillait à peine du despotisme qui avait fait marcher les hommes mécani-
quement , sans que la vivacité même de leurs actions pût exercer leur volonté.
C'était donc, répéteront encore les royalistes, une belle occasion pour régner par la force. Mais, encore une fois, la nation ne consentait à servir sous Bonaparte que pour en obtenir l'éclat des victoires; la dynastie des Bourbons ne pouvait ni ne devait faire la guerre à ceux qui l'avaient rétablie. Existait -il un moyen d'asservir les esprits dans l'intérieur, quand l'armée n'était point rat' tachée au trône, et que, la population étant presque toute renouvelée depuis que les princes de la maison de Bourbon avaient quitté la Franc* , il fallait avoir plus de quarante ans pour les connaître ?
Tels étaient les éléments principaux de la restauration. Nous examinerons en particulier l'esprit de la société à cette époque , et nous unirons par le tableau des moyens qui, selon nous, pouvaient seuls triompher de ces divers obstacles.