‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 209 sur 312 · SEMIDA, LA SUNAMITE, LA SOEUR · texte numérisé non relu

SEMIDA, LA SUNAMITE, LA SOEUR

SEMIDA.

Il est bon, Guehazi ; il aime tant Elisée !

LA SUNAMITE

Les jeunes disciples exagèrent les leçons de leur maître , et font haïr la doctrine qu'ils sont chargés de répandre.

SEMIDA.

Tu juges ainsi Guehazi, ma mère; je te crois. Mais, livrée à moi-même, je serais tentée, tout enfant que je suis, d'être sérieuse comme Guehazi ; et sans toi je sens que j'ignorerais l'art de plaire aux étrangers.

LA SUNAMITE

Va, mon enfant, je ne t'ai rien appris, et mon cœur s'en glorifie. Mais hate-toi donc de te parer : jamais nous n'avons passé si tristement les heures qui précèdent une fête. {Aux jeunes Sunamites qui arrivent dans le fond de la salle.) Venez, filles de Sunem , venez placer sur la têle de ma fille la couronne du printemps.

LA SŒUR

Quoi ! ma sœur, tu peux te résoudre à parer ta 6Ile de ces roses.'

LA SUNAMITE

Eh ! pourquoi ne le ferais-je pas?

LA SCEUR.

Cette vision, ce fantôme

LA SUNAMITE

Comment peux-tu les rappeler ?

LA sœuR.

Ah ! ma sœur, je t'en conjure, songe aux présages funestes qui ont annoncé ce jour.

LA SUNAMITE

Je songe h. la beauté de Semida.

(£//e ajuste la parure de safdle.)

SEMIDA.

Merci , ma mère. — Me voilà donc comme le fantôme , et la couronne est sur ma tête ; mais c'est de toi que je la tiens , elle ne peut me porter malheur.

{Des joueurs d'instruments, des jeunes gens et des jeunes filles de Sunem arrivent sur la scène.)

LA SUNAMITE

Apportez la harpe de ma fille; accompagnez-la;

mais ayez soin que vos instruments ne couvrent point ses accords.

LA SCEUR.

Asseyez -vous ici ; ma sœur va rester auprès de sa fille.

{Se7nida joue de la harpe.)

Je crois que jamais Semida n'a mieux joué que ce soir. Quels sons enchanteurs !

LA SUNAMITE

Qu'il est touchant, l'air qu'elle a fait entendre! Comme ses yeux parlaient! comme son âme s'y faisait voir 1

SEMIDA, se levant.

Ma mère , es-tu contente ?

LA SUNAMITE

Oh ! mon enfant, comment te le dire assez !

SEMIDA.

Jamais la musique ne m'a tant émue qu'aujourd'hui; j'étais prête à pleurer en jouant; il me semblait que je voyais au-dessus de ma tête des anges qui m'appelaient pour m'unir à leurs concerts. Je résistais à leur voix si douce , ma mère, car je ne voulais pas te quitter. Mais je ne sais quel attrait mystérieux m'enlevait à la terre. J'ai bien fait de finir; je commençais à me troubler.

LA SŒUR

N'est-elle pas trop fatiguée pour danser?

LA SUNAMITE

Oh! non; elle danse si bien. lS"est-il pas vrai, Semida ? tu peux essayer les pas nouveaux que la femme de Babylone t'a enseignés ?

Je le ferai , ma mère , puisque tu le désires ; mais embrasse- moi avant que je commence; je sens que j'en ai besoin.

{Elle danse au son des instruments.)

LA SŒUR

Ma sœur, ne vois-tu pas ?

LA SUNAMITE

Quoi ? — Ne me distrais pas , je t'en prie ; mon ravissement est inexprimable.

LA SŒUR

Ton ravissement ! Et tu ne vois donc pas qu'elle pâlit; elle va tomber, elle tombe.

{Semida chancelle^ la musique cesse.)

LA SUNAMITE

Ma fille ! ma fille !

SEMIDA, joortew^ la main à son front.

Ma mère, ce n'est rien; mais je souffre un peu. Fais cesser les instruments , je t'en prie ; ils m'étourdissent.

LA SUNAMITE

Ma fille , on. ne les entend plus.

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