LES PRÉCÉDENTS , RODOLPHE
RODOLPHE
Bonjour, mon père ; comment va la pipe ? Bonjour, ma mère; comment vont les nerfs? Je vous plains que vous ayez pareille chose. Moi , je n'ai point de nerfs : j'ai une santé de tous les diables. Et toi , mon frère , je te trouve bien plus gaillard qu'à l'ordinaire. Veux-tu t'enroler? me voilà tout prêt à te faire entrer dans mon régiment-
Sais -tu comment il veut s'enrôler? c'est dans une troupe de comédiens.
LA. SIGNORÂ FÂNTASTIGI, SCENE V.
BODOLPHE.
Quoi? comédien! c'est abominable. S'il avait une pareille idée, je lui passerais mon épée au travers du corps. Je ne sais pas trop ce que c'est que de jouer la comédie , mais j'imagine que c'est indigne d'un militaire , et je n'en veux pas entendre parler,
M. DE KBIEGSCHENMAHL.
C'est bien raisonner, cela.
M"°^ DE KRIEGSCHENMAHL.
Tu vois, mon fils, à quoi tu nous exposes; voilà ton frère qui va passer pour plus sage que toi.
M. DE KRIEGSCHENMAHL.
Allons, allons, madame, ne vous lamentez pas : on va mettre ce garçon-là à la raison. Je vais chercher mon ami le commissaire du quartier, et il fera partir cette signora Fantastici qui met le trouble dans toutes les têtes.
M""" DE KRIEGSCHENMAHL.
Mon cher ami , ne soyez pas trop vif.
M. DE KBIEGSCHENMAHL.
Ma femme, ayez soin de me contenir ; car, parbleu, quand je m'y mets, je me fais peur à moimême. {A Rodolphe.) Mon fils, veille sur ton frère , et ne le laisse pas sortir d'ici.
RODOLPHE
Il suffit , papa.
SCEINE IV.
RODOLPHE, LICIDAS.
RODOLPHE
Ah ! monsieur mon frère, vous faites donc aussi des fredaines , vous que ma mère me citait toujours comme un modèle? C'est donc à présent moi qui suis votre Mentor ?
LICIDAS.
Que veux -tu, mon frère? je croyais qu'il n'y avait que deux manières d'être dans ce monde, comme mon père ou comme ma mère, comme toi ou comme moi, et j'aimais mieux la mienne. Mais depuis que je connais la signora Fantastici , je voudrais bien lui ressembler : viens la voir avec moi.
RODOLPHE
Moi! manquer à ma consigne! y penses -tu? .Te reste ici ferme jusqu'au retour de mon père, et je t'empêcherai bien de sortir.
LICIDAS.
Ah ! mon Dieu ! quel ennui ! Si je répétais pendant ce temps les vers que la signora m'a donnés
à apprendre C'est la déclaration d'HippoIyte ;
mais il faudrait l'adresser à une Aricie. Bon, mon
frère est justement à ma droite; c'est ce qu'il faut. Reste là, Rodolphe, reste là.
RODOLPHE
Sûrement je reste. Pourquoi me commandes-tu ce que je veux ?
LICIDAS.
Vous voyez devant vous un prince déplorable. BODOLPHE.
Que dit-il, déplorable? N'est -ce pas la même chose que pitoyable? Pourquoi dis -tu cela de toi? c'est trop modeste.
LICIDAS.
Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune. Et mes coursiers oisifs...
BODOLPHE.
jMais de quel char, de quels chevaux parles -tu donc ? tu vas toujours à pied.
LICIDAS.
Laisse - moi tranquille ; c'est dans mon rôle :
tais-toi.
BODOLPHE.
Et la princesse, que dit-elle de ton amour?
LICIDAS.
Ah ! veux-tu que je t'apprenne la réplique ? Ce serait charmant ; tu me dirais le mot de réclame.
RODOLPHE
Le mot de réclame! quelle diable d'expression que cela ! N'est-ce pas plutôt le mot d'ordre que tu reux dire ? Tous les jours je le dis à la patrouille. 3Iais qu'est-ce que c'est que cette petite fille qui vient vers nous? elle est drôlement habillée ; mais elle est jolie ; oui, par ma foi , elle est jolie !
, LICIDAS.
C'est la charmante fille de la signora Fantastici, mademoiselle Zéphirine. Elles auront eu pitié de ma captivité.