‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 245 sur 312 · LA SIGNORA FANTASTICI, SCENE V · texte numérisé non relu

LA SIGNORA FANTASTICI, SCENE V

EODOLPHE.

Toute militaire ! ma belle enfant ; et comment vous y prendrez-vous ?

ZÉPHIBIKE.

Licidas sera un chevalier; et vous, pourquoi n'en seriez-vous pas un autre ?

KODOLPHE.

Moi ! ah ! par exemple !

ZÉPHIEIXE

Et pourquoi pas? Vous croyez peut-être que vous avez mauvaise grâce?

EODOLPHE.

IVon, en vérité, je ne crois pas cela.

ZÉPHIBIISE.

Ala mère vous corrigera.

EODOLPHE.

Et de quoi , mademoiselle , s'il vous plaît ?

ZÉPHIBINE.

De marcher tout droit devant vous, comme vous faites; d'être roide, gauche.

EODOLPHE.

Mademoiselle, je veux rester comme je suis.

ZÉPHIBIXE.

Monsieur, vous avez tort. Tenez, votre frère avait l'air d'un niais.

EODOLPHE.

Oh ! cela est vrai.

ZÉPHIBmE.

Eh bien , à présent il a l'air dégagé.

EODOLPHE.

Pas trop encore.

ZÉPHIEIjVE.

Cela viendra. Mais voyons ce qu'on pourrait faire de vous.

EODOLPHE.

Rien.

ZÉPHIBINE.

Quoi ! VOUS vous en tiendrez aux personnages muets ? vous voudriez faire les gardes dans le fond du théâtre?

EODOLPHE.

Non, mademoiselle.

ZÉPHIBINE.

Vous voudriez peut-être seulement jouer Tours dans les Chasseurs et la Laitière ?

EODOLPHE.

Mademoiselle

ZÉPHIBINE.

Un des amis de maman a cet emploi-là ; il ne vous le cédera pas.

EODOLPHE.

Mademoiselle, je ne veux rien jouer, rien jouer du tout entendez-vous?

ZEPHIBINE.

Pas possible ! qu'est-ce que vous feriez donc ?

EODOLPHE.

Ce que je ferais ? parbleu, je ferais ce que je suis, le capitaine Rodolphe Kriegschenmahl.

ZÉPHIBINE.

Voilà qui est bien ; ma mère est aussi la signora Fantastici ; moi , Zéphirine Fantastici ; mais il faut bien être bon à quelque chose. Mon emploi , c'est celui des jeunes premières; et vous, monsieur, le croiriez-vous ? je pense assez bien de vous , pour vous donner le rôle de Renaud dans Arraide.

LICIDAS.

Ah! Zéphirine , y pensez-vous? c'est le mien.

ZÉPHIBINE.

Laissez faire, laissez faire ; il faut attirer les débutants. Le rôle vous reviendra.

EODOLPHE.

Renaud et Armide, qu'est-ce que c'est que cela? IN'y a-t-il pas quelqu'un que cela regarde dans notre société? Je ne veux choquer personne.

ZÉPHIBINE.

Non, je vous l'assure; soyez tranquille. Mais voyons ; essayez.

EODOLPHE.

Cette enfant m'amuse ; je veux bien jouer avec elle.

ZÉPHIBINE.

Otez vos grosses bottes.

EODOLPHE.

Je ne les quitte jamais, pas même la nuit.

ZÉPHIBINE.

Otez-Ies toujours. »

EODOLPHE.

Je le veux bien ; mais j'aurai froid à la jambe.

ZÉPHIBINE.

Otez votre sabre.

EODOLPHE.

Mademoiselle !

ZÉPHIBINE.

Vous le reprendrez.

EODOLPHE.

A la bonne heure. On peut quitter son sabre pour badiner.

ZÉPHIBINE.

Je voudrais que vous pussiez raser vos moustaches.

EODOLPHE.

Ah! cela non, par exemple; c'est contre l'ordonnance.

ZÉPHIBINE.

IMais quand il faudra que je vous mette une couronne de roses sur la tête , comment cela ira-t-il avec vos moustaches ?

LA SlG?sOflA FANTASTICI, SCENE VII.

RODOLPHE

Oh ! c'est v/ai , que cela ira mal , et cependant j'aime les roses : après la fumée du tabac, c'est la meilleure odeur que je connaisse.

ZÉPHIKIIS'E.

Ayez l'air endormi.

BODOLPHE.

Je dors quelquefois, souvent même; mais je ne sais pas avoir l'air endormi. Faut-il fermer les yeux pour cela ?

ZÉPHIRINE

Oui , sans doute ; je viens pour vous tuer pendant votre sommeil.

RODOLPHE

Alors, mademoiselle, rendez-moi mon sabre; car enfin cela n'est pas juste.

ZÉPHIBINE.

Votre figure me plaît , me touche , et , prête à vous frapper, je laisse tomber le poignard.

RODOLPHE

Ah ! c'est charmant cela. Si ma figure vous plaît, puis-je vous embrasser ?

ZÉPHIRIXE.

Ah ! non !

RODOLPHE

Tant pis.

ZÉPHIEINE.

Vous vous réveillez.

RODOLPHE

Je suis éveillé.

ZÉPHIRTNE.

Vous vous levez,

RODOLPHE

Me voici debout.

ZÉPHIRIKE.

Ah ! pas comme cela. Il faut que vos mouvements soient doux , arrondis.

RODOLPHE

Biais mon habit est si serré que je ne puis remuer les bras que pour faire l'exercice.

ZÉPHIEI^E.

L'exercice ! quelle horreur ! Otez votre habit et mettez mon châle à la place.

RODOLPHE

Votre châle ! qu'est-ce que cela signifie , petite sorcière ?

ZÉPHIRI>E.

Obéissez.

RODOLPHE

Mais voyez donc ! elle me parle comme mon général.

ZÉPHIRINE

Je le suis , votre général. Vous êtes des nôtres.

RODOLPHE

Moi! je ne suis pas engagé; je n'ai pas signé mon enrôlement.

ZÉPHIRI?fE.

Dansez avec moi; tenez le bout de ce châle. Allons, tournez.

{Rodolphe danse avec Zéphirine. Licidas les regarde en riant.)

RODOLPHE

Mon frère, tu ris. Attends, je vais... (// s'ewiharrasse dans le châle, et tombe par terre.) Ah ! maudit châle !

{La porte s'ouvre; M. et M'^" de Kriegschenmahl entrent avec le commissaire.)

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