DIOTIME, SAPHO, CLÉONE
Il part, je ne le reverrai plus. Cependant il était là ; ce n'était pas mon imagination seule qui me peignait ses traits. Cléone, Cléone, rappelle-le. Oui, j'aime mieux devoir sa présence à celle qu'il aime, que de ne plus le voir. Cléone, quand tu seras unie à lui, ne peux-tu pas me prendre pour ton esclave ? Il en est qui doivent jouer du luth et de la lyre ; il me reste assez de ce talent que j'ai perdu pour remplir une place obscure auprès de toi. Alors je le verrai passer quand il te donnera la main pour aller à quelque fête. Je le verrai, Cléone, et je te bénirai de l'avoir permis.
CLÉONE
Ah ! ma mère , se peut-il que j'entende de semblables paroles !
DIOTIME
Sapho, ne déchirez pas le coeur de ma fille ; vous le voyez , elle ne peut résister aux émotions violentes que votre génie vous donne la force de supporter, et je la vois prête à expirer sur mon sein.
SAPHO
Ah! de quoi se plaint-elle? a-t-elle le droit de verser des larmes, elle qu'il aime! et peux-tu me demander ma pitié pour l'heureuse femme que Phaon a préférée? Ah! la pitié! c'est à moi qu'elle est due; cependant je ne la demande plus. Cléone, adieu.
CLÉONE
Sapho , refuses-tu le bras de Cléone ?
SAPHO
Cléone, Cléone! laisse-moi dans cet instant me retirer aveg Diotime; j'accepterai ton appui ce soir pour monter sur le rocher : oui , ce soir, je t'en donne ma foi.