L£GI
ans une £orèt solitaire De chênes plus vieux que le temps.
Où jamais le soleil par ses feux éclatants Des amours tristes ou contents N'interrompt le mystère, Philène, avec Iris cnieUement brouillé.
D'une réflexion funeste.
Le teint livide et l'œil mouillé , Donnoit à sa douleur l'aliment indigeste*
Est-ce YouSi lieu délicieux,
Disoit-il d'une voix touchante ,
Autrefois si cher à mes yeux.
Et si commode à ma flamme constante ?
Quel destin void» rend ennuyeux?
Quel démon jaloux vous enchante?
Oui, je vous reconnoiâ : c'est vous, sowiat séjour,' Où réquitable Iris receyoit mon honmiagej
C'est vous, où son timide amour Dans Yos obscurités yenoit {«rendre courage* Voici le vert gazon, Yoici le frais ombrage.
Où tous deux mollement couchés.
Où tous deux, d'un seul trait également touchés.
Elle me tenoit ce langage :
« Tu le veux donc, cruel, m'airacher cet aveu Qui coûte à ma pudeur une contrainte extrême? Il faut donc à tes yeux étaler tout mon feu,
n faut te dire que l'on t'aime?
Eh bien , puisqu'il le faut, mon cœur tendre y consent. Et n'écoute plus rien que Tardeui qui l'en presse :
aSa PrscES DiVEBSBS.
Il va t'apprendre ce qn*il sent.
Jouis y pressant berger, jouis 4^ ma foiblesse. Je t'aime, cher Philèue, et mon cœur enchanté Obéit sans murmure à la nécessité
Du feu qui me dévore.
De son heureuse étoile il approuve les lois ; Enfin ^ s'il se pouvoit que Ton aimât par choix, 11 t'aimeroit encore. »
Quels baisers ! quels embrassements
Suivirent ces mots favorables !
Les rois dans leur grandeur ont-ils de tels moments? Les dieux mème^ en leur gloire, en ont-ils de semblables? Mais pourquoi rappeler ce plaisir effacé
Dans ma mémoire trop fidèle?
Rigoureux souvenir de mon bonheur passé, Soyez enseveli dans la nuit étemelle.
Dans ce moment le berger entendit Sur un arbre voisin de^x jeunes tourterelles :
Leur murmure amoureux rendit Son souci plus cuisant, ses peines plus cruelles.
Il parcourt d'un œil ennemi
Les ouvertures du feuillage ,
Qui ne lui cachoient qu'à, demi Leur galant badinage.
Sur ces oiseaux enfin son regard est porté;
Conduit par leur tendre murmure^ Il les voit travailler à leur postérité.
Et préparer un nid pour leur race future.
Ils fondoient leur espoir trompeur
Dessus la branche la mieux faite.
Et se donnoient avec ardeur
Deux baisers pour chaque bûchette.
Pièces Divehbbs. aS
PhilÈuc en est ému : leur l)on1ieiu l'inqnièle ; 11 ramasse on caillou qu'il tronTe près de lui. Et s'écrie en foreur : La. même solitude Vena donc tos plaisirs et mou iogmâtude.
Et des plus dom transiurts toqb ferez votre étode
Pendant gne je monrrai d'ennui!
Alil goAiez comme moi votre iKiutienr eu songe; De mon sort rigoureux ressentez le pouroir.
Soccomliez sons le désespoir
Où l'Infidèle Iris me plonge.
A ces terribles mots il fixe ses regards ; Le cODp funeste part, et l'atteinte est si franclie,
Qu'il jette dans les airs ëpars
Le nid , les oiseaux et la braiiche.
PlÀCtS DlVBESBS.
LA MUSIQUE
A HADBM0I5SLLB DB LALIBDB.
âpltbaime.
st-il donc yrai, charmante Mélanie, Que Yons quittez mes doux amusements , Et que Je touche à ces tristes moments Où de (ùm vous je dois être bannie?
Le jour fatal de li cérémonie
Où votre cœur, pour jamais engagé ,
Prendra des lois d'un plus puissant génie.
Va deyenir le jour de mon congé;
Car s*il vous faut tout dire en abrégé,
Lit nuptial est tombeau d'harmonie.
Vous soutiendrez, pour calmer mon ennui, Que c'est à tort que Totce hymen m'afflige; Qu'entte ses bras m'aimerez; non, tous dis-je; Plus ne serez ce qu'ôtes aujourd'huL Je sais trop bien qu'amour veut qu'on néglige. Qu'on foule aux pieds tout ce qui n'est point lai. Ce dieu jaloux n'admet aucun partage.
Un cœur qu'il tient ne se laisse toucher D'autres plaisirs. Serviteur au ramage Des rossignols dès qu'ils veulent nicher !
D'où je conclus^ sans peur qu'on me le nie, Lit nuptial est tombeau d'harmonie.
Si bien chantant en grec comme en latin , Nous en pourroit instruire Galliope,
Pièges Divbiisïs. a*5
A qui le dieu qui suit l'héliotrope Nouvelle gamme apprit un beau matin.
Dès ce moment , la muse dégourdie.
Jetant sa lyre et brisant ses claiions.
Pendant dix mois d'aucune mélodie Ne réveilla l'écho des environs.
Plus ne prisa sublime chromatique Près des transports de deux cœurs amonreiax; Plus ne fit cas des soupirs de musique Près des soupirs de deux amanis heufeox.
Elle trouva qu'aucun concert ne touche Si vivement, qu'aucun n'a tant d'appas^ Que le concert où l'on ferme une bouche Avec une autre , en murmurant tout hae.
Dans ce duo lui plaisoit toute diose, Hors un seul point qu'eut voulu retrandier.
Quel étoit-il? Sans vous faire chercher.
Vous le dirai dans un seul mot : la pause.
Par cet exemple est fort bien démontré Que mes propos ne sont point calomnie.
Quand je vous dis avec un cœur outré ^ Lit nuptial est tombeau d'harmonie.
Quelques raisons qu'ayez de me quitter Pour prendre mieux , le dépit qui m'enflamme N'y peut souscrire et cherche à me dicter Chagrine épltre au lieu d'épithalame.
N'attendez pas que j'aille vous conter, Ainsi qu'on fait aux belles qu'on marie.
Que vous brillez, blonde, blanche et fleurie. Que vous avez un mérite éclatant A retenir mille amants dans vos chaînes; Que vous pourriez défier en chantant,
a36 PlàGBS DIVERSES.
Cygnes mourants et trompeuses sirènes^ Que votre danse enlève tous les cœurs.
Qu'un clavecin, sous vos doigts enchanteurs^ Tire du coTp$ Tàme qui s'extasie; Qu'on voit sécher, par vos charmes vain<{ueurs. Héros d'amour, nymphes de jalousie ; Ni qu'à seize ans tous faites ce fracas (Défaut terrible à gâter tout le reste).
Pour vous si doux, le jour m'est si funeste De votre hymen, qu'il me met dans le cas De vous chanter pour toute symphonie :
Lit nuptial est tombeau d'harmonie.
Dois-je nommer mon rival? Hélas, non.
Non, sur ma foi. Pour moi, ce seroit peine; Pour vous , plaisir. La tète 4'Artamène ^ Et de Gyms en composent le nom.
Jugez par là quel vainqueur ce doit être.
11 est, dit-on, galant, jeune, bien fait.
Plein de valeur, favorisé du maître.
Mais quoi! fût-il mille fois plus parfait.
Eût-il déjà ce poste d'importance.
Où ses vertus tendent à l'élever, Dont le devoir consiste à cultiver L'auguste objet de Tespoir de la France , Plus il aura de gloire et de talent, Plus s'aigrira ma douleur infinie.
Pour répéter d*un ton triste et dolent :
Lit nuptial est tombeau d'harmonie.
Or, c'est assez par d'inutiles soins
Sur votre hymen faire tant de vacarmes.
I D'Arcy
Pièces Diverses. 2^7
Quand jour et nuit j'en répandrois des larmes ,
11 n'en seroit toujours ni plus ni moins.
Mariez-Yous , puisque les destinées,
Dans leurs décrets ainsi l'ont arrêté ,
Et nous donnez une postérité
Que la faveur des tètes couronnées
Rende éclatante à perpétuité.
Je comprends bien que le premier trophée
De votre amour doit être un petit Mars;
Mais si pour moi vous gardiez des égards ,
Que le second, du moins, soit un Orphée.
Par cet accord partageant le terrain, /^
Plus ne viendrois semer la zizanie.
Plus ne viendrois vous corner ce refrain :
Lit nuptial est tomheau d'harmonie.
PliCBS DlTEftSSS.