‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 77 sur 93 · NOBLE MANIÈRE DE RÉPRIMANDER · texte numérisé non relu

NOBLE MANIÈRE DE RÉPRIMANDER

ien ne mortifie tant les homines emportés que le sang-froid de ceux auxquels ils ont affaire, surtout quand ce sont des gens que leur rang et leur mérite mettent hors de soupçon de manquer de puissance ou de courage pour se ressentir. Un jour à Paris, dans un embairas de carrosses, certains jeunes officiers qui se promenoient dans un fiacre ayant accroché le carrosse de M. de Turenne, dont ils ne connoissoient pomtlal^Trée, ils querellèrent son cocher et ses laquais. Ils firent plus; ils descendirent et leur donnèrent cent coups. M. de Tureone, pendant la mêlée, demeuroit tranquille dans son carrosse. Soit qu'on le nommât à ces étourdis ou que quelqu'un d'entre eux l'eût reconnu, ils allèrent à lui, au désespoir de leur promptitude, et le supplièrent de la leur pardonner. Il leur demanda froidement où ils demeuroient , et ces gens tout interdits hésitant à le dire, crainte que ce fût pour les fairo arrêter, il r^)éta deux ou trois fois la même instance. A la fin , ils furent contraints de lui dire leur demeure avec de nouvelles soumissions. — Non, Messieurs, leur dit ce grand homme en souriant, n'appréhendez rien. Mes valets sont des marauds qui n'ont que ce. qu'ils méritent et qui se préyalant de ce que je ne-sais point battre. J'en ai encore d'autres chez moi qui ne valent pas mieux, et j'ai voulu apprendre votre logis pour vous prier de trouver bon que je vous les envoie, parce qu'il me semble que vous battez fort bien.

39a Bons Mots.

ËPIGRAUME DE RACINE.

'est une entreiHÔse tànéraire à .un «otenr de Tonloir travailler sur le même tajet qa^rm antre a choisi avant Im^ à moins qu'on intervalle de plusieurs années ne lui en laisse la liberté. Bk» que l'aine GomeiUe fût un génie bien supérieur à oelui de Bfairet, eependant le public n'approuva peint le dessein qu^il avoit eu d'effacer sa Sophoniibe par une pièce du même nom, et il parut en cela une espèce de vanité <tui ne contribua pas peu à faire tomber la tragédia de Corneille. A plus forte raison est -on ridicule quand on veut disputer centre un autre avec un mérite inférieur. G*est ce qui arriva à Le Clerc et Goras, qui s'avisèrent de travailler conjointement à une pièce de théâtre intitulée IphigéfUe, par laquelle ils prétendoient couler à fond la charmante pièce que Racine avoit depuis peu fait jouer.âous ce même nom. Leur ouvrage fut sifflé et ne fut pas joué cinq ou six fois. Racine, victorieux^ insulta à leur déCaite par ce huitaki du style marotique :

E^tre Le CHerc et son ami Coras ,

Tons deux aatenrs rimant de compagnie ^

Ces Jours passés sonrdoient certains débats

Siir le sujet de lenr Iphigéniê.

Le Clerc disoit : La pi^ce est de mon cm;

Coras disoit-: KUe est mienne et non vdtre.

Mais anssitét qne la pièce a paru ,

Plus n'ont Yonln ravoir fliit rnn ni Tautfe.

Bons Mots. 3a3

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