LETTRES
A MADAME
TOUS dire le vrai^ Madame^ j'ai peur que l'on fût obligé de décompter, si l'on se Mt à ce que vous avez tantôt dit. Vous n'avez point la mine de tous leodre pour une élégie^ et je crois que ce seroit étrangement commettre les muses que d'entreprendre un cœur comme le vôtre sans aucon autre appui que celui qu'elles peuvent donner.
Cependant Tèm IVtves 'ptoali», Votre cœur pour des ven doit fttre mon paitage. J'ai vu de la rongeur dessus votre visage , Et cet espoir chanant me doit être permis ; Car enfin , belle Iris, Tonles-yons qu'on vous die
Ce que Von pense k cœur ouvert?
Vous pouviez tout mettre % eouvert Et tourner Tentretien en pure raillerie ; Mais malheureusement cette rougeur vous perd.
Si vous me croyez, vous vous ferez honneur de la chose, et vous avoûrez de honne foi ce que vous en pensez; car à quoi sert-il de déguiser avec nous autres connoisseurs ? Ce n'est que du temps et de la peine perdue.
33a LbtTISS.
NoQi eonnoliMnis oe que yeat dire
Une •! Ribifee rongevr.
Le beMi mm per Ut décourre son martyr^i
Et c*ett elles lui Tinterprète dn cœar.
Enfln, pour s'espliquer en paroles commnnei,
On ne rongit point pour des prîmes.
Je ne sais si je serai bon derin, mais pent-ètre que la chose ira plus loin que vons ne pensez. Qoelqaefois ramonr se plait à faire des miracles et à ocmfondre Torgneil des pins Hères et la sagesse des plus prodes, par des moyens qni paroissent les pins éloignés.
AqgAlqne brûU ponr le berger Médor,
Et Vënns, le belle déesse,
Pour Ancbise ent de le tendresse.
Et pour Adonis eneor.
Mais sans nous arrêter )i ce fatras des fiables , Qae les gens de bon sens qn'on nomme beaux esprits Bannissent k présent de lenrs galants écrits, N<ms serrlrons nn jour d*exemple yéritable, Et cbaqne amant qni sera maltraité
De quelque charmante beauté Dira ponr adoneir rardenr de la emelle :
Iris lût comme tous Jeune, charmante et belle, Iris ftit comme vous fière, ingrate et rebelle, Rebuta des soupirs et des yqbox infinis.
Mais ces ibrftits forent enfin punis :
De tant de malheureux Amour prit la querelle Et la fit soupirer pour le pauvre Daphnie.
En yérité^ qnand ce ne seroit que pour être nn jour dtée à la postérité^ il me semhle qne tous devriez faire la chose; car^ à mon sens, ce n'est pas nn médiocre plaisir de pouvoir se promettre d'être considérée dans les siècles à venir. Mais je sois bien ridictde d^ vouloir par raison vous persuader une chose que je puis vons faire faire malgré que vous en ayez.
Le^TTAES. 333
Vous qui ne poayez pas comprendre Qa^on poisse résister au charme de mes vers,
Comment pourriez-vous vous défendre D*atoervir votre cœur et partager mes fers?
Vous en tenez pour toute votre vie, Car on ne peut éviter son destin.
Rougissez, soupirez, tremblez, aimez enfin.
Voici la fatale élégie.
ÉLÉQIE,
e ne sais ce que c*est qui trouble ma raison, Quel chagrin inquiet, quel charme, quel poison : n n'est rien qui me plaise ou qui me satisfasse, Je change li tout moment de dessein et de place. Je veux &ire des vers, je veux n'en faire pas.
Je me sieds, je me Ibve et je marche à grands pas.
Je tremble, je rougis, après je deviens blême
Et je ne suis d'accord de rien avec moi-même.
Seroit-ce vous. Iris, qui causez mon souci f
Avant que de vous voir je n'étois point ainsi.
Hélas! je me croyois l'ftme bien affermie,
Et je bravois d'Amour la puissance ennemie.
J'avois foit grand amas de puissantes raisons,
Et j'en croyois avoir pour toutes les saisons;
Mais lorsque vos beaux yeux entreprennent de plaire ,
Tout le raisonnement n'est que pure chimbre.
Un éclat de vos yeux les confond au besoin ,
Ces vains raisonnements recueillis avec soin.
Comme le jour des nuits efface les ombrages ,
Ou comme le soleil dissipe les nuages.
Et l'Amour, dans ces yeux, qui me parolt si doux,
Bit qu'il n'est de raison qu'il soupirer pour vous.
Je reconnois mon trouble au défaut de ma veine ;
Les vers en sont rampants et ne coulent qu'à i>elne.
Mon atyle est endormi, l'on n'y voit point briller
tJn caractère aisé qui m'étoit familier ;
Et moi qui près de vous dédamois à voix haute
Contre les méchants vers, je tombe en même faute.
Je &is de méchants vers, et les £Eds par malheur
Dans un temps oli de. bons ioucheroient votre cœur,
biias un temps oh, comptant sur leur forte magie ,
334 Lettres.
J^OMis Toos menacer d*iioe tendre élégie.
Et me flettoit àéj^ qne leur divin ponToir Senroit fltfeliir ce cœnr on du moine rémooTalr.
Cependant c*eet à tort qne je m*en mets en peine ; Je snii k point nommé bien servi de ma reine. Dana Tétat oh je anis, tonte sombre qu'elle eat. Sa manière me charme et son style me plaît.
Pent-on mienx exprimer Texcès de son martjrre Qne de rester mnet qnand on a tant h dire?
Et lien ftdt-il mienx voir la grande passion Qu'un eq^rit plein de trouble et de confusion ? Evitez, belle Iris, pour une ardeur secrète Ces conteurs éloquents d'éternelle fleurette, Qui font voir par leurs mots suivis et cam^Mnés Que c'est une leçon qu'ils répètent aasea.
J'aurois pu débiter quelque chose plus tendre ; MaiSi Iris, J'aurois pu Uk-dessous vous surprendre : Un discours plus poli seroit dissimulé, Et J'aurois moins senti si J'avois mienx paxlé. Mon esprit k mon cœnr s'immole en sacrifice ; n partage avec lui sa peine et son aappUce , Et fait auprès de vous, par un dessein heureux. Céder le tour galant au transport amoureux.
A MADAME
'on m'a trompé, Madame, quand on np^'a toujours fait croire que Taioltiô étoit nu sentiment doux et tranquille, qui remplissoit le cœur de plaisir et de joie et qui n'y souffroit jamais de fréquents chagrins ni de violentes inquiétudes. 11 faut, assurément que ce grand calme ne soit que pour les amitiés vulgaires^ et je sens bien q^e pelle qne j'ai pour vous n'est point de cette nature.
Je n'ai point de moments agréables et doux Qne quand ^ suis auprès de vous;
LeTTHES. 335
Alors de vos beanz yeox la doace et vive flanmiQ
Fait passer le plaisir jusqu'au fond de mon âme :
Alors une agréable et divine langueur
Occui>e tous mes sens et r^gne dans mon cœur ;
Mais quand de mon destin la rigueur ennemie'
Me dérobe au bonheur d'une si douce vie.
Tous mes sens abattus sous ce cruel effort ,
Laissent dessus mon front Timage de la mort.
Une vive douleur en mon ftme est empreinte ;
J'ouvre mon ftme aux pleurs et ma bouche il la plainte ;
L'éclat même du Jour me paroit enauyeux,
Et je ne puis souffrir que celui de vea yenx!
Ken qjOA j'espère de vous revoir dans deux heui'es, je ne saorois me consoler de vous avoir quittée^ et je ne pense pas que de ma vie j'aie eu une si forte envie de vous voir. Je voudrois à présent me changer contre la moindre personne du peuple qui est assemblé dans le lieu où vous êtes; je porte envie à tous ceux qui ont le bonheur d'être auprès de vous^ et il n'est pas même jusques aux autels à qui je ne fasse passer ma jalousie. Que je serois heureux, si je pouvois vous faire comprendre une partie de Tai'deur que je sens pour vous! Mais je désespère d'y pouvoir parvenir; tous ces empressements vous sont inconnus^ et vous ne jugerez jamais de ce tpie je sens pour vous que par les sentiments que vous avez pour moi^ qui sont les plus fbibles et les^lus languissants que Ton puisse avoir dans une tendre amitié. Ah I Madame, ne me faites pas ce tort, je vous en conjure^ car vous me mettez au désespoir. Je ne prétends pas que vous ayez pour moi toute l'ardeur que j'ai pour vous : je ne présume pas tant de mon propre mérite, e( j'attends quelque chose du temps et de mes assiduités; mais au moins essayez de Vous figurer que tout ce qu'un cœur peut ressentir de tendi«S8e et d'ardeur, je le sens indobitablemait pour voa$.
336 LiTTBBS.
L'Amour m Tftiito li^utement De mnpUr seul on cour et d'ardeur et de flammeei Je MiiB pour toui dedans mon Ime Tout ce qn*on peut resaentir en aUnant.
Crojei-le, oljjet dooz et ehannant, Peut-être que r<m a bien pins d'emportement, Mail on n'a paa pins de tendreaae.
Effectiyement, Madame^ tous me feriez le plus grand tort du monde si tous n'eu étiez pas entièrement persuadée; mais je yeux croire qae tous Tètes, pour ma satisfaction, et je me souTiendrai longtemps de no9 conyentions d'hier au soir.
n reriendra aouyent, ce moment pr^euz,
Oh Je Tis dedans tos beaux yeux >
Que TOUS ne douties pins des ardeurs de mon ftme Et que TOUS partagles mon hmooente flamme.
Onit Je m*en souviendrai Jnsques à mon tr^as{
Mais soayenes-vous-enf Madame;
De grâce, ne roubUei pas !
A MADAME***
A Paris , ce 3 décembre.
'aTOue, Madame, que le compliment que je TOUS fais est un peu tardif, et que, depuis que TOUS êtes hors de Paris, tous aurez peut-^ être oublié le nom d'un homme qui, dans une amitié qui ne faisoit que commencer, n'étoit pas fort dans TOtre mémoire : mais je tous ayoue en môme temps que je n'ai su jusqu'ici de quelle manière m'y prendre pour tous faire tenir une lettre^ n'étant môme pas hien sûr de l'endroit où, tous étiez. Bfaintenant, que je TQps crois à Clermont et qu'on gentiUiomm de
Lettres. 3^7
mes amis m'a promis de vous faire rendre ma lettre en main propre, je suis fort embarrassé de la manière dont je dois vous écrire; je ne sais qne confusément la cause de Totre départ de ce pays , et môme le peu que j'en sais m'a fait juger qa*i\ n^éàtÂi pas à propos que je témoignasse de l'empressement d'en savoir davantage. Tout ce que je sais certainement, c'est.que de ina vie je n'eus tant de surprise ni tant -de Couleur que quand j'appris que vous n'étiez plus ici; il jo'y avoit que deuï jours que j'avois eu ITioimear de vous voir sans que vous m'eussiez rien dit de semblable, et même il y a lieu de croire que vous n'en savif z rien vous-même; ainsi je faillis à tomber de mon haut, quand j'appris de M. d'Ouvrier cette cruelle aventure. A quoi sert, madame, de vous faire une description de mes déplaisirs, dans l'incertitude où j^ suis si elle vous sera rendue? Tout ce que je dois vous dire présentement, c'est que vous n^vez ni dans Paris, ni au reste du monde , un homme plus assuré qne moi , ni qui sacrifiât avec plus de joie toute sorte de choses pour vous rendre service. Si je puis vous être utile, ne considérez pas que je ne suis qu'un nimvel ami : tous vos anciens amis ont été nouveaux comme moi; mais songez que jamais personne n'eut tant de* zèle pour votre service. Je vous conjure, madame, de me vouloir ordonner quelque chose, et quand ce pe seroiique vous écrire des nouvelles, je vous i»ie de me fake voir, m miionorant de vos commandements, que vous né m'en jugez pas absolument indigne, et que vous êtes véritablement persuadée que |e suis avec aokant d'ardeur €(ne de respect, votre très- humble et très-* obéissant serviteur.
aa
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