‹ Œuvres posthumesChapitre 21 sur 39 · LE COLPORTEUR · texte numérisé non relu

LE COLPORTEUR

II appela de nouveau :

— Pauline!

Elle ne répondit rien, ne remua pas. II revint à moi, s'expliquant :

— Voyez-vous, c'est qu'elle n'anne pas ça quand je reviens dans la nuit boire un coup avec un ami.

— Alors, vous croyez qu'elle ne dort pas?

— Pour sûr, qu'elle ne dort plus.

II avait l'air mécontent.

— Eh bien! trinquons, dit-il.

Et il manifesta tout de suite l'mtention de vider les deux bouteilles, l'une après l'autre, là, tout doucement.

Je fus énergique, cette fois. Je bus un verre, puis je me levai. II ne parlait plus de m'accompagner, et regardant avec un air dur, un air d'homme du peuple fâché, un air de brute en qui la violence dort, la porte de sa femme, il murmura :

— Faudra bien qu'elle ouvre quand vous serez parti.

Je le contemplais, ce poltron devenu furieux sans savoir pourquoi, peut-être par un obscur pressentiment, un instinct de mâle trompé qui n'aime pas les portes fermées. II m'avait parlé d'elle avec tendresse; maintenant il allait la battre assurément.

II cria encore une fois en secouant la serrure :

— Pauline!

Une voix qui semblait s'éveiller, répondit derrière la cloison :

— Hein, quoi?

— Tu m'as pas entendu rentrer?

— Non, je dormais, fiche-moi la paix.

— Ouvre ta porte.

— Quand tu seras seul. J'aime pas que tu amènes des hommes pour boire dans la maison la nuit.

l4o ŒUVRES POSTHUMES.

Alors je m'en allai, trébuchant dans l'escalier, comme l'autre était parti, dont je lus le complice. Et en me remettant en route vers Paris, je songeai que je venais de voir dans ce taudis une scène de l'éternel drame qui se joue tous les jours, sous toutes les formes, dans tous les mondes.

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