‹ Œuvres posthumesChapitre 27 sur 39 · UN DUEL. I · texte numérisé non relu

UN DUEL. I

sien prononça en français, en étendant ses longues jambes et se renversant sur le dos :

— Clié tué touze Français tans ce fillage. Ché bris plus te cent brisonniers.

Les Anglais, tout à fait mtéressés, demandèrent aussitôt :

— Aoli ! comment s'appelé, cette village? Le Prussien répondit :

— Pharsbourg.

Il reprit :

— Ché bris ces bolissons de Français bar les oreilles.

Et il regardait M. Dubuis en riant orgueilleusement dans son poil.

Le train roulait, traversant toujours des hameaux occupés. On voyait les soldats allemands le long des routes, au bord des champs, debout aux coins des barrières, ou causant devant les cafés. Ils couvraient la terre comme les sauterelles d'Afrique.

L'officier tendit la main :

— Si ch'afrais le gommandement ch'aurais bris Paris, et brûlé tout, et tué tout le monde. Blus de France !

Les Anglais par politesse répondirent simplement :

— Aoh yes.

Il continua :

— Tans vingt ans, toute l'Europe, toute, abartiendra à nous. La Brusse blus forte que tous.

Les Anglais, inquiets, ne répondaient plus. Leurs faces, devenues impassibles, semblaient de cire entre leurs longs favoris. Alors l'ofFicier prussien se mit à rire. Et, toujours renversé sur le dos, il blagua. II blaguait la France écrasée, insultait les ennemis à terre; il blaguait l'Autriche vaincue naguère; il blaguait la défense acharnée et impuissante des départements; il

blaguait les mobiles, l'artillerie inutile. Il annonça que Bismarck allait bâtir une ville de fer avec les canons capturés. Et soudain il mit ses bottes contre la cuisse de M. Dubuis, qui détournait les yeux, rouge jusqu'aux oreilles.

Les Anglais semblaient devenus indifférents à tout, comme s'ils s'étaient trouvés brusquement renfermés dans leur île, loin des bruits du monde.

L'officier tira sa pipe et, regardant fixement le Français :

— ■ Vous n'auriez bas de tabac?

M. Dubuis répondit :

— Non, monsieur.

L'Allemand reprit :

— Je fous brie t'aller en acheter gand le gonvoi s'arrêtera.

Et il se mit à rire de nouveau :

— Je vous tonnerai un bourboire.

Le train siffla, ralentissant sa marche. On passait devant les bâtiments incendiés d'une gare; puis on s'arrêta tout à fait.

L'Allemand ouvrit la portière et, prenant par le bras M. Dubuis :

— Allez faire ma gommission, fite, fite !

Un détachement prussien occupait la station. D'autres soldats regardaient, debout le long des grilles de bois. La machine déjà sifflait pour repartir. Alors, brusquement, M. Dubuis s'élança sur le quai et, malgré les gestes du chef de gare, il se précipita dans le compartiment voisin.

Il était seul ! Il ouvrit son gilet, tant son cœur battait, et il s'essuya le front, haletant.

Le train s'arrêta de nouveau dans une station. Et tout à coup l'officier parut à la portière et monta.

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