‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 11 sur 148 · LES VUES DE L'EMPEREUR ET DE L'IMPÉRATRICE · texte numérisé non relu

LES VUES DE L'EMPEREUR ET DE L'IMPÉRATRICE

devant l'empereur, dont le ministre, en un point, déclinait l'autorité ; devant le prince , auquel le ministre déniait les pouvoirs consentis par l'empereur ; devant les principaux conseillers de la couronne ; devant un officier général absolument étranger au gouvernement ! Ce fut tout à la fois la déroute de la discussion dans le conseil et la déroute de

l'expédition dans la Baltique

L'empereur sourit sans paraître disposé à relever l'incident. Le prince, très maître de lui-même, allait, je pense, répondre, quand l'empereur, levant la séance, dit que l'examen de la question n'avait pas été suffisamment préparé et qu'il serait repris ultérieurement. Chacun s'en alla, moi bien content de m'en aller, car je ne me sentais pas là à ma place. Gomme je traversais le salon de service, un diplomate que je connaissais de vue, M. de Cadore, vint à moi et m'interrogea sur les résolutions prises en conseil au sujet de la Baltique, se déclarant autorisé à me poser la question par l'avis qu'il venait de recevoir de sa désignation pour aller négocier avec la cour de Danemark les conditions de l'alliance offensive et défensive!...

Les vues de l'empereur et les vues de l'impératrice.

Par tant de preuves accumulées, j'avais acquis la certitude de l'inconsistance des travaux d'étude et de préparation qui avaient présidé à la conception de la guerre contre la Prusse. Je pouvais , par voie de conséquence , prévoir et presque mesurer les hasards de tout genre auxquels son exécution serait soumise. Et puis, les douloureuses réflexions qui vinrent, après la conférence des Tuileries, assaillir et trou-

bler mon esprit, s'aggravaient de la découverte que j'y avais faite d'une sorte d'anarchie , au moins d'indiscipline , dans les hautes régions du pouvoir. Je n'aurais pas cru qu'un tel désordre se rencontrât dans un gouvernement d'autorité, et il n'était pas fait pour assurer, dans la redoutable aventure où le pays venait d'être engagé, l'unité de direction et d'action.

L'amiral ministre de la marine, homme de mérite, mais soumis à toutes les exigences de son état devant les passions et les intérêts qui s'agitaient à la cour , aurait -il rompu en visière avec cette hardiesse au prince Napoléon, sous les yeux de l'empereur et devant ses ministres, s'il ne s'était senti soutenu par une puissance hostile au prince, qui allait de pair avec celle de l'empereur? Il ne me semblait pas téméraire d'admettre que la scène de la conférence révélait l'existence, au sommet de l'empire, de deux pouvoirs dirigeants et, sur certains points, divergeants : le pouvoir du souverain qui paraissait sans volonté, le pouvoir de la souveraine qui en avait une, et autour d'eux, les ministres déférant à l'un ou à l'autre de ces pouvoirs selon leur tempérament ou leurs calculs.

Quand, sortant du conseil impérial, je m'en allais tourmenté par ces inquiétantes réflexions, je ne prévoyais pas qu'à moins de quatre semaines de là, j'en verrais se dresser devant moi la réalité dans ses effets les plus désastreux. Je ne prévoyais pas qu'à une autre conférence, celle de Ghâlons, les grands périls venus avec les grands revers, le premier de ces pouvoirs, bien conseillé, déciderait que les cent quarante mille hommes du maréchal de Mac-Mahon viendraient se reconstituer et prendre position sous Paris, excellent point d'appui et unique base d'opérations possibles pour la continuation de la guerre ; que le second de ces pouvoirs, mal conseillé, serait à la fois assez fort et assez fou pour arrêter l'exécution, déjà commencée, de cette

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