‹ Œuvres posthumes (volume 2)Chapitre 139 sur 148 · UN DERNIER ÉCHANGE AVEC M. THIERS · texte numérisé non relu

UN DERNIER ÉCHANGE AVEC M. THIERS

que vous dans la sagesse et dans l'avenir du pays, resterons sur la brèche?

— Vous n'y resterez pas longtemps. Les Français qui sont comme vous, monsieur le président, et comme moimême, libéraux-conservateurs , sont voués à la dépossession de toutes les situations qu'ils détiennent.

J'étais destiné par la Providence, je l'ai déjà dit, au rôle de Gassandre.

Jamais, dans ce rôle inutile, ingrat et douloureux, je n'ai annoncé l'avenir, un avenir qui ne devait pas se faire attendre, avec plus de sûreté que ce jour-là, dans cet échange d'adieux avec M. Thiers que je n'ai jamais revu. Nous nous étions d'ailleurs séparés dans les meilleurs termes , lui plein d'une condescendante bonté pour son visiteur malgré la hardiesse de son langage, le visiteur plein d'un respectueux étonnement devant cet extraordinaire vieillard, dont l'équilibre et la confiance politiques paraissaient avoir résisté à toutes les expériences d'une carrière si remplie d'enseignements !

De ma retraite de Tours, j'ai vu son expulsion du pouvoir, celle de son successeur le maréchal de Mac-Mahon, toute une série d'exécutions qui n'ont pas sévi seulement sur le terrain de la politique proprement dite. Elle n'a épargné, dans les fonctions publiques , aucune des catégories de titulaires qui déplaisaient au pouvoir du moment.

L'armée elle-même n'a pu lui échapper, et sans parler des actes de violence comme celui qui, après la destitution de M. le duc d'Aumale, l'a frappé de l'exil, aucun des généraux de mon temps, pénétrés des principes militaires qui sont les miens et en possession d'un certain degré d'évidence dans les grands emplois de l'armée, n'a pu s'y maintenir jusqu'au terme fixé par les règlements ou par la tradition.

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