LE GÉNÉRAL DUCROT A LA MARNE
des vues d'ensemble et des prévisions de détail qui ne se rencontrent que chez les vrais hommes de guerre.
Gomme soldat, il fut incessamment au péril avec une sorte de parti pris qui, outre qu'il lui était naturel, lui était sans doute aussi suggéré par le souvenir de son trop fameux serment. On en peut juger par cette circonstance frappante que, dans son état-major, — un groupe limité d'officiers qui le suivaient partout, — dix furent blessés, deux mortellement, proportion absolument extraordinaire et surtout caractéristique du régime auquel, pendant la bataille, il avait soumis ses auxiliaires personnels.
Les sentiments qui me liaient au général Ducrot quand il était parmi nous, qui me lient aujourd'hui à sa mémoire/ n'ont jamais été affaiblis par les divergences de vues qui, pendant la guerre et depuis, nous avaient séparés. Si son nom se rencontre souvent dans ces pages, c'est qu'il y a droit, c'est qu'au siège de Paris il fut toujours sur la brèche et toujours au premier rang. Mais à lui , comme à tous les hommes à qui , de près ou de loin , ces douloureux événements m'ont associé, je dois la vérité avec la justice.
Je l'ai montré tout à l'heure s'élevant dans un jour de crise au-dessus de nous tous. A dater de cet apogée militaire et dans la dernière période du siège, aigri par le, malheur commun, par l'insuccès personnel, par l'injustice, dominé par la violence de ses antipathies politiques, hors d'état d'opposer à l'épreuve la moindre part d'équilibre philosophique, le général Ducrot devint injuste à son tour, inquiet, déraisonnable, et fut au-dessous de lui-même.
Souvenir aux morts.