LA TENTATION DE SAINT ANTOINE
« Naguère, que c'était atroce !
« L'enfer avait pouvoir sur moi :
« Belzébuth nain, Satan colosse,
« Le Bélial, serpent et roi,
« La petite Vénus féroce,
« Chémos-Péor, tigre et lion,
« Et ce lion, Apollyon,
« Tous les sons et toutes les formes,
« Toutes les bêtes des limons
« Et toutes les ombres des monts,
« Toute l'eau morte aux froids énormes,
« Le tournoi de tout le torrent « Et tout le feu des cieux, des soufres et des pierres, « Tout me tombait dessus, de partout, déchirant, « Lacérant, torturant, perforant, écœurant « Mon cœur, mes os, mon sang-, mes pieds et mes paupières « Faisant une bouillie avec mes chairs entières « Et broyant tout de moi, tout, — hormis mes prières !
(77 s'agenouille de nouveau) « Honneur à vous, Seigneur, qui m'avez préservé, « Pour l'exemple des saints en vos mains élevé « Gomme un autre serpent d'airain contre la peste « De l'hérésie affreuse et de la chair funeste ! « Mais, encore un coup, Dieu bon, illuminez-les, « Mes frères aveuglés !
(Antoine se redresse et assiste au défilé du fantôme de V armée des anti-hérésiarques qui va chantant) :
« Christ est notre polémarque, « Vive, vive l'empereur ! »