‹ Œuvres, précédées d'une notice sur sa vieChapitre 1 sur 34 · RABAUT-SAINT-ETIENNE · texte numérisé non relu

RABAUT-SAINT-ETIENNE

Le citoyen respectable dont nous allons retracer la vie en quelques pages n'a pas cessé d'être sous le poids d'une fatalité bizarre , qui lui est pourtant commune avec quelques-uns des grands hommes de la fin du dernier siècle. Poursuivi dès l'enfance par le fanatisme, persécuté tant qu'il vécut par les absurdes partisans des vieux abus , il consacra sa vie à la défense de la vérité; les jacobins le traînèrent à réchafaud;et, depuis, les adversaires de la révolution blâment sa mémoire, et daignent à peine distinguer son nom des noms odieux de ses bourre^aux. Ces contradictions s'expliquent : la modération et la sagesse sont au-dessus des idées de ce monde , et un homme qui n'adopte pas les fureurs de quelque parti est repoussé de tous. Cependant il y a des temps moins funestes ; Rabaut-Saint-Etienne dut en très- grande partie ses longs malheurs aux jours désastreux où il vécut.

lî NOTICE

Jean-Paul Rabaut-Saint-Etienne naquit à Nîmes, au mois d'avril de l'année i n[\^ ; son père , l'un des ministres les plus distingués des églises réformées de France, était proscrit et fugitif; et sa mère, obligée de se cacher pour éviter la captivité de la tour de Constance, lui donna la vie dans une retraite ignorée; car, en cesjours de triste mémoire, les femmes des ministres du saint Evangile étaient condamnées en France à une prison perpétuelle; ceux qui leur donnaient asile avaient le même sort; et les enfants des réformés leur étaient arrachés sans compassion ,et séquestrés loin de tout espoir de retrouver jamais les caresses de leur mère, dans une maison ecclésiastique oîi ils étaient élevés dans la religion catholique et dans la haine de leurs parents, que cette religion condamnait.

L'enfance de Rahaut fut errante et incertaine : souvent , le matin, on ne savait oii l'on coucherait le soir. Malgré cette existence précaire, son père sut trouver quelques moments d'étude, et il lui donna, en fuyant sans cesse , les premiers éléments d'une éducation saine et solide. Dès qu'il fut adolescent, il alla étudier en Suisse; il porta sur les bancs du collège une application et une ferme volonté d'apprendre , qu'il devait sans doute en partie à la vie isolée et nécessairement méditative qu'il avait menée jusqu'alors. Il eut le bonheur d'avoir pour maître Court de Gébelin, savant célèbre, et digne encore d'une célébrité plus grande; la

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