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IjC défenseur des Indiens dit que la nécessité d'arrêter les sacrifices îmraains parmi les habitans de l'Amérique n'est pas un motif suffisant pour leur faire la guerre, parce que ce moyen entraînerait la perle de beaucoup plus de monde, et envelopperait les innocens avec les coupables.
Ici je crois pouvoir signaler plusieurs erreurs dans la doctrine du seigneur évéque. Presque tous les Espagnols qui arrivent d'Amérique assurent que dans la seule Terre-Ferme il s'immolait tous les ans plus de vingt mille personnes aux idoles , d'où il résulte que, depuis trente ans que la conquête en a été faite, la vie a été conservée à plus de six cent mille individus, tandis que, suivant l'opinion la plus commune, il n'en a coûté que vingt mille pour s'emparer de ce pays. Un mal bien j)lus affreux que la guerre , c'est de suivre un système qui laisse mourir sans baptême tant d'hommes dont les âmes auraient été sauvées si elles l'avaient reçu. Saint Augustin pensait que la mort d'imo personne sans baptême est
un p]us grand malheur que celle d'un grand nombre d'autres qui ont été baptisées (i).
C'est en vain que Tévêque de Chiapa cite les Romains, puisque Pline, Plutarque et d'autres anciens parlent des sacrifices de victimes humaines comme d'abomina lions inexcusables. Dans les villes où elles se commeilent personne n'en est innocent, parce que tous se rendent plus ou moins complices de cette infraction aux lois de la raison naturelle. Mais les malheurs d'une juste guerre ne peuvent être imputés au prince , parce qu'il ne les approuve ni ne les commande, et qu'il fait tout au contraire pour les empêcher.
C'est avec moins de raison encore que le seigneur évêque prétend excuser l'idolâtrie des Indiens dans son mémoire, et dans un autre écrit plus ancien qu'il a intitulé le Coiifesonario , parce que rien ne peut justifier cet énorme péché, comme saint Paul le disait aux Romains , et que l'approuver est un crime aussi grand que de le commettre.
C'est aussi abuser de 1 Ecriture sainte que de citer l'exemple d'Abraham avec la même intention , puisque Dieu ne permit point que le sacrifice fût consommé , et qu'il en arrêta au contraire l'exécution.
Une autre erreur c'est de prétendre que ceux à qui on prêche l'Evangile et l'observation des lois naturelles ne sont point obligés de croire, puisque
(i) Epist. 75.
( ^(^7 ) Jésus-CIirlst a dit que celui qui ne croira point sera condamné.