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Oeuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove

F. HEUSSNER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 16, Place Saiute-Gudule, îi. Montagne de la Cour.

-Bises

Nous avons recueilli avec un grand soin ce que nous appellerons les œuvres diverses de Chastellain. La plupart de ces pièces, oii l'on trouve un énergique écho des sentiments et des émotions du chroniqueur, offrent un grand intérêt, et elles ne formeront pas moins de trois volumes.

Nous indiquerons rapidement les compositions que nous publions aujourd'hui.

I. — Le mystère du Concile de Basle. Ce poëme, sans nom d'auteur, mais plein de rapports dans la forme aussi bien que dans le style avec les autres mystères de Chastellain, est sans doute l'un des plus anciens, car il paraît remonter à Tannée \ 432 ou \ 433 , et peut-être Chastellain était-il encore à l'Université de Louvain, quand il l'écrivit. Les allusions historiques y abondent, et l'on y remarquera sans doute les plaintes de la France sur la triste situation à laquelle elle se voyait réduite.

II. — Le Pas de la mort. Chastellain y pleure la mort de sa dame. Ce poëme peut répandre quelque lumière sur la biographie de ses premières années. Ne confirmet-il pas ce que notre auteur nous apprend ailleurs qu'il déserta les écoles, qu'il s'enveloppa d'affections mondaines et que ce fut par de rudes épreuves qu'il fut ramené malgré lui aux enseignements de la foi et de la science ? Cet amour, si tristement rompu par la mort do l'objet aimé, n'aurait-il pas précédé et n'explicpierait-il pas sa retraite à l'Université de Louvain?

Tr INTRODUCTION.

Telle est riiypothôso qui nous semble la mieux justifiée; carie surnom d'aventurier (|u'on donne à Chaslellaiu dans les vers qui précèdent le Pas de la mort dans le ms. de la Bibliotlièque de l'Arsenal , indifiuc un ouvrage composé pendant sa jeunesse. 11 existe néanmoins à la Bibliothèque impériale de Paris un ms. (n" 1iJ21G) que nous avions remarqué autrefois et dans lc([uel un examen plus attentif a fait retrouver, mais celle fois sans nom d'auteur, le même poëme. On y lit, en regard du premier feuillet qui a été arraché : le Miroir de mort fait (sic) messire Philippe de Croy, conte de Chimay- Comment combler la lacune évidente de cette phrase? Faut-il ; fait par ou fait pour? Philippe de Croy ne gagnerait rien à revendiquer une des plus faibles compositions de Chastellain : il lui suffît d'avoir été ce vaillant et infatigable défenseur delà maison de Bourgogne, qu'on appelait en son temps, disent les généalogistes, la Clochette du Ilainaut. Préférerait-on: fait pour? Il y aurait à cette opinion de sérieux obstacles. Philippe de Croy ne devint comte de Chimay que peu avant la mort de Chastellain, et sa femme Walburge de Meurs vécut assez longtemps pour lui donner sept enfants, dont l'un fut le parrain de Charles-Quint. Rien n'explique donc ce que nous trouvons dans le manuscrit de Paris, à moins que l'on ne se borne à voir dans la phrase citée la simple mention d'une copie faite par l'ordre du comte de Chimay, et il faut laisser à Chastellain la pensée et lerhythmede cette longue élégie'.

• Une grande partie de ce volume était imprimée quand j'ai découvert à Bruxelles un texte qui renferme deux cents vers de plus que celui de Paris. Il a fallu recomposer tout ce poëme, et c'est ce qui

INTRODUCTION. vu

m. — Voultrc d'amour \ Ici encore, il s'agit d'une dame dont la vie a été prématurément tranchée à l'aurore de la jeunesse, et le chevalier qui l'aimait se décide à grand' peine à former un autre lien. La dame qui a cessé de vivre était issue de la maison de France : c'est, si nous comprenons bien le poëte, à la cour du duc de Bourgogne que le chevalier rencontre une autre dame qui doit le consoler. Il serait difficile de retrouver les noms qui se cachent sous cette rhétorique assez confuse, et

explique comment des chiffres supplémentaires ont, par suite d'uue impérieuse nécessité, été employés daus la pagination.

On lit dans le ms. de l'Arsenal :

Ce traitié-cy four enseignier Fit George l'Aventurier, Afin que cTiascun ait remort De penser au pas de la mort, Ditté en belle rhétorique Afin que chascun s'i/ applique.

Le ms. de la Eibl. de Bourgogne ne renferme pas ces vers, mais il se termine par ces quatre vers qui manquent dans le ms. de Paris :

Explicit le Miroir de mort A glace obscure et ténébreuse, Là où on voit chose doubteusG Et nature de desconfort.

Enfin un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Paris, mentionné plus haut, nous a offert, au moment m^me ot\ ce volume s'achève, un troisième texte, mutilé au commenccuicnt, mais différant dos deux autres par do nombreuses variantes dont nous avons été heureux de faire usage.

Ce poëme paraît avoir porté indifféremment pour titre : Le Pas de la mort ou le Miroir de mort : nous avons adopté le premier.

' Le texte incomplet d'après lequel V Ouït ré d'amour a été imprimé en 1758, vient d'être retrouvé \x Paris à la Bibliothèque de Sainte- Geneviève.

viM INTROmCTIDN.

Robcrlct ne nous apprend rien de plus quand il dit dans une épître à Chastellain :

Puis que d'amour après en fut issu, L'ouUré d'amour, ceint de mortel tissu, Long temps a, fis de sa douleur anguste.

IV. — Dicic, trouvé l'an 1 44G dans Ihostel du roi de France. On comprend assez aisément que l'auleur de ces vers ne se soit pas fait connaître ; mais leur origine rappelle d'assez près celle du n" XI, et Chastellain se trouvait à cette époque en France.

V. — Bondel au duc d Orléans. Une confrérie poétique s'était formée au sein de la cour modeste, mais élégante, qui entourait Charles d'Orléans, rentré, après un long exil, dans ses domaines héréditaires. Ceux qui en faisaient partie se nommaient les Amoureux de l'ohservance, par allusion à la réforme de \ observance, introduite en Italie au xrv® siècle dans l'ordre des Frères Mineurs. Charles d'Orléans prie dans un rondel Pierre de Brezé (il était aussi l'un des Amoureux de l'observance) « de le bénir et de le confesser », et il ajoute ailleurs :

Des amoureux de lobservance.

Dont j'ay esté au temps passé, A présent m'en trouve lassé Du tout, sinon de souvenance, Oii je prens d'en parler plaisance, Quoique suis de l'ordre cassé Des amoureux de l'observance, Dont j'ay esté au temps passé.

Souvent y ay porté penance Et si peu de biens amassé Que quand je seray trespassé, A mes hoirs lairray peu chevance.

INTRODUCTION. ix

VI. — Epistre au roy Charles VII. Cette 6pître, offerte à Charles VII, comme le témoigne Robertet, fat composée vers la fin de l'année 1 450, après la délivrance de la Normandie.

VII. — Ejnstre à Jehan Castel. Castel que le manuscrit de Florence surnomme Aérin, tandis que nous n'avons vu dans ce mot qu'une épilliète poétique du Castel élevé jusqu'aux cieux, Castel que Molinet appelle « le grand chroniqueur de France » , fut l'ami de Chastellain. Étaitil le fils d'Etienne Castel et de Christine de Pisan ? Lacroix du Maine l'aflirme ; mais un acte authentique publié par M. Quiclierat démontre qu'il s'est trompé. Il paraît toutefois avoir acquis par ses propres travaux l'estime de ses contemporains. Martin Franc le cite parmi les bons poètes de son temps ; en 1 461 , il succéda à Jean Chartier dans la charge de chroniqueur oflîciel, et en 1472, il devint abbé de ce monastère de Saint- Maur, si célèbre dans les annales de l'érudition. Peutêtre Castel, comme Chastellain, croyait-il devoir la vérité aux princes, même pendant leur vie : en effet, lorsque Castel mourut, Louis XI se fit apporter à Cléry les chroniques rédigées par l'abbé de Saint-IMaur, qui étaient conservées dans un coffre fermé à deux clefs, au trésor de Saint-Denis.

VIII. — Epistre au bon duc Philippe de Bourgongne. Cet éloge de PhiHppe le IJon ne manjuerait-il pas l'époque où Chastellain entra au service du duc de Bourgogne?

IX. — La Complainte d Hector. Ou on n'oublie pas que les princes de l'Occident rattachaient leur origine aux colonies errantes d'ilion et que depuis six siècles les

» INITloniT/nON.

Iiistorions, ;uissi bien (pic los portes, saliiaionl dans les lils do IViain les dorieux anc^'lrcs des races royales • il sera aisé de comprend le avec (pieile faveur le souvenir d'Hector était accueilli à celte cour de Bourgogne où Jlaoul Lel'èvre écrivait les histoires de Troye. Dans ce poënie, Alexandre exiiorle Hector à pardonner à Acliillc (|ui l'a fait périr par trahison. N'y aurait-il pas ici quelque allusion à la maison de Bourgogne se réconciliant avec Charles VII, seize ans après l'entrevue de Montereau? Ceci devient plus vraisemblable lorsqu'on voit ailleurs Chastellain appeler le duc Philippe, le second Hector.

X. — Miroir des nolles hommes de France (ou des princes et nobles de France). Celte pièce fut composée vers ^ 457 : ici encore le poëte revendique le noble privilège de rappeler à la chevalerie des préceptes et des exemples qu'il ne lui est pas permis d'oublier.

XI. — Les paroles (ou exclamaces) de trois jyuissants princes. Jac(|ue3 Duclcrcq se borne à citer ces vers qui furent trouvés dans l'hôtel du duc de Bourgogne, à l'époque ou s'instruisait à Vendôme le procès criminel du duc d'Alençon, mais il n'eu nomme pas l'auteur. Le ms. de Florence les attribue formellement à Chastellain.

Xn. — Dit de vérité. Eu donnant ce titre à ce poëme, nous avons cru exprimer la pensée de l'auteur qui, au risque d'exciter des haines redoutables, se croyait tenu de ne jamais cacher la vérité.

XlII. — Exposition sur vérité mal prise. Cet ouvrage, quelque développement qu'y ait reçu la partie métaphysique ou allégorique, renferme quelques précieuses

INTRODUCTION. xi

données historiques. Cliastellain ne se contente pas de nous entretenir de ses études et de ses premiers travaux ; il nous offre le témoignage de cette indépendance et de ce courage qui font l'honneur des lettres et qui, dans tous les temps, eurent leurs dangers aussi bien que leur gloire.

XIV. — Mystère de la mcrl de Charles VIL Ce poëme avait été publié par M. Jubinal d'après le ms. assez incorrect de la Haye. Le ms. de Florence nous a permis d'en améliorer le texte : les noms propres notamment ont été rétablis avec soin.

Dans ce volume, la collation des mss. conservés en France, en Italie, dans les Pays-Bas, a offert des difficultés de plus en plus nombreuses. Nous ne saurions assez reconnaître combien ce travail nous a été rendu plus facile par l'obligeante érudition de M. Miclielant à Paris, de M. Milanesi à Florence, de M. Campbell à la Haye.

Il nous reste à expliquer pourquoi nous n'avons pas fait entrer dans ce volume deux ouvrages attribués à Cliastellain dans l'introduction que nous avons jointe au tome P^les Notables enseignements patermls et V Instruction d'un jeune prince. L'autorité de Lacroix du Maine et de La Serna ne nous paraît point suffisante, et bien que dans un ms. de la Bii)liotiiù({ue de l'Arsenal à Paris, un de ces traités soit joint à un ouvrage de Cliastellain, une lecture attentive ne nous a pas permis d'y reconnaître le style de notre auteur.

Rien ne nous autorise non plus à attribuer à Cliastellain, ni l'a h c de doctrine 'paternelle conservé à la Ifiblio-

XII INTllOTHCTION.

llir(|iio (Je Douay, ni la Doctrine du père au fils, impriinéo àl'uris sans (lal(^ par IMorrc Marcsclial olHarnabr (lliaussarl, dont voici les premiers vers :

Mon enfant, si tu veux bien vivre En ce monde honnestemcnt, Retiens en ton entendement Ce qui est en ce petit livre.

Nous ne douions pas que le lecteur, à mesure que passeront sous ses yeux ces pages souvent éloquentes et toujours dictées par une pensée loyale et généreuse, n'apprécie de plus en plus l'autorité d'un chroniqueur si zélé et si impartial ; et nous ne saurions mieux terminer cette préface que par ces vers inédits, oii l'un de ses contemporains, écrivain moins habile que lui, mais pénétré des mêmes sentiments, lui a rendu un solennel hommage :

Arrestez-vous devant ce cj'metère, Hommes vivans du monde en la misère; Considérez que vault honneur mondain, Beaulté de corps, vie doulce ou austère, Puisque la mort, en jouant son mistère, Peult tout prendre si tost huy que demain. George suys surnommé Chastellain, Qui maint ditié aj^ fait d'art oratoire : Si bien y a, à Dieu en soit la gloire! J'ay fait mon temps ; à terre , rends le corps, A mes amys, avoir de moy mémoire.

Et 1 "âme à Dieu, juste et miséricors '.

• Bibl. imp. de Paris, f. fr. 1716, f-> 9.

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