‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 2)Chapitre 19 sur 62 · RONDEL DE VAILLANT · texte numérisé non relu

RONDEL DE VAILLANT

Des amoureux de l'observance

Je suis le plus subgiet de France,

Car je sers d'estre mandien

Et cherche le cotidien ;

Mais nul en mon sac rien ne lance.

" Aux frères l'aumosne pour Dieu ! »

Tousjours vais criant d'huis en huis.

Las ! charité ne trouve en lieu, Ne pitié ne scet qui je suis.

Retourner m'en fault sans pitance ; Désir le pourveur tance, Puis le beau père gardien ; Pis suis que Boesme mendien :

L'ordre veuil laisser sans doubtance.

Des amoureux de l'observance

Je suis le plus subgiet de France,

Car je sers d'estre mendien

Et cherche le cotidien ;

Mais nul en mon sac rien ne lance.

Thrône azuré, merveilleuse lumière, Refflamboyant de mainte fleur dorée, Noble maison françoise, coustumière De toute honneur, sourse de foy première. Dont, soubs le ciel, la terre est plus parée. Jointe emprès Dieu, des autres séparée Par cas d'honneur, de titre et de louenge, Comme est sur terre un homme emprès un ange.

0 glorieuse excellence royale,

Renommée batillière anchienne.

Du peuple Dieu championne loyale,

Bras renforchiô de grâce espéciale

Pour envaïr mescréance païenne,

0 reluisant majesté terrienne,

Dont mal au vray peut s'exprimer la gloire :

Icy tu livres un peu ton auditoire.

Tournant, virant toutes histoires saintes, Bibles, psaultiers, légendes, prophéties, Dont j'ay au cœur les substances emprïfintes, 0! que j'ay fait méditations maintes, Noble maison, sur tes coutroversies, Qu'après honneurs et gloires infinies

Publié d'après le ms. 120 de la Bibl. Laurentienne à Floronco.

131 LIi THRONE AZURÉ.

J'ay vu souffrir îi ta uoblo nature Soubs le flayel de divine balturc!

Voyant déchoir ta hautesse fameuse.

Ta dignité violer par injures,

Et d'une mnin vile homicidieuso.

Persécuter ta hauteur glorieuse,

Par feu, par sang, par famine et laidure , ^

Qui soloyes les autruy fourfaitures

Battre et punir toy-mesmes en tout lieu :

Bien a droit-cy mirable œuvre de Dieu.

Et vraiement est bien l'œuvre admirable Et bien obscure h congnoissance humaine, Quant tant d'annuy et de grief misérable , Fortune et Dieu comme desfavorable.

T'ont fait souffrir par rigueur inhumaine, Dont il n'y a qu'un point qui me ramaine L'entendement de ce couvert mistère :

C'est que péchié t'a fait ce vitupère.

Et soit péchié ou volenté divine

Qui t'a fait choir soubs ce glaive adversaire,

Et trébuschier à honteuse ruyne

Pour estre au loup engloutie rapine,

Serve et chambrière à tout villain hausaire',

Au moins ton cœur par pité nécessaire,

S'est condolu aveucques ta souffrance,

Plorant sur toy, noble maison de France,

De qui les maulx et povretés extrêmes.

Pertes, douleurs, confusions terribles,

« Hausaire, mercenaire? On lit dans Monstrelet (IV, p. 392) : « Aucuns haulsaires, tenans le parti du roy Charles. » Corrigez la note I, tome I", p. 172.

Occisions, ravallemens, blaphèmes ' , Pleurs et clameurs d'enfans, hommes et femmes. Par feu, par sang, par famines horribles, Sont à tout cœur à tout prendre impossibles ; Car ne pourroit exprimer bouche d'homme De ces meschiefs Tinnumérable somme.

Hellas ! quelle est la douleur comparable A ton souffrir, glorieuse auriflamme, Que au droit nombril de ton thrône honnorable Voir tout énorme obprobre inséparable, Verser ton peuple et mettre tout à flamme. Et qui plus est , piteusement en blasme Estre enchâssée à honte et à péril , Hors de ton propre en souffraiteux exil,

Tant qu'il sembloit à ceux qui te veoient ,

Que Dieu te volt lors estre exterminée,

Et mesmes ceux qui en tes plours rioient,

Les faulx tirans, leurs cœurs gloriûoieiit

D'avoir ainsy ta hautesse muée,

Guidant que Dieu t'eust toute abandonnée

A leurs pouvoirs et vouloirs inhumains.

Pour demeurer tousjours ferme en leurs mains.

Mais Dieu piteux de fons et de racine, Provident juge et bénigne en ses faits, Jamais un arbre, ainsy je l'imagine, Dont il congnoist s'il est bon d'origine, Ne veut souffrir l'amortir par tors faits ; Mais pour venir aux nouveaux fruits parfaits, Souvent permet Tescorce au dehors muire*, Pour meilleur fruit de tronc battu produire.

Blaphèmes, IjlâmQ, wépri3.

13(1 IJ-: THfU)NK \ZI HE.

Ainsy je croy certes et ainsy juge

De toy, 0 digne excellente plauturc.

Dieu a souffert dcsriver ce déluge

De tous meschiefs sur toy et ton rcfFuge,

Point, pour ta mort, mais certes pour batture;

Car luy voyant bonne estre ta nature,

T'a corrigée atout l'arc en sa corde,

Mais point jeté hors de miséricorde.

Ses dignes mains, sa sainte providence, Furent de toy primiers planteurs en terre, Et choisirent le fruit de ta semence Entre autre fruit par très-haule excellence. Comme il appert h qui s'en seult enquerre ; Sy cuide voir, et ne croy pas que j'erre, Qu'en la vertu du vieu fruit trespassé Cil d'aujourd'huy a son maleur passé.

Bien a paru à ceste œuvre présente

Où Dieu t'a fait jà restitution

De la plus part de ta gloire excellente,

En ramenant Normandie dolente

Hors de servage à sa rédemption,

Dont en fureur et en contention

Tous faux Anglois, d'humain sang enyvrés.

S'en vont confus comme à la mort livrés.

Dieu a sa gloire en toy revertuée,

Et ta vertu a reprinse vigueur.

Tu as esté dessoubs les pieds ruée ;

Mais à présent fortune a remuée

En pitié fresche, enviellie rigueur.

Tu as ressourse après griefve langueur ;

Tu as ta gloire arrière en ton recœuvre :

Ce sont beaux dons, qui bien les met en œuvre.

Ton glaive point, ton espée retrence,

Ton bras roidist, ton harnois refflamboye.

Ton eur revit, ta gloire recommence,

Ton fruit sonrt grant hors d'un foulé semence,

Ton vergier secq reflorist et verdoyé,

Tu viens arrière en l'ancienne voye

De ton triomphe à grant félicité :

Dieu, et quel joye en tant d'adversité !

Le vray soleil de justice éternelle

T'a respurgié ton thrône de bruine.

Et a réduit ta vertu naturelle

A toute aigreur et fierté corporelle.

Pour relever ton los mis h ruine,

Veant ton cœur au plus bas de sa mine.

En qui l'on peut par temps grans faits attendre,

Par quoy en toy tu y dois bien contendre.

Poursieu ton coup, tout Anglois s'espoente Devant ton bras qui fait trembler le monde. En eux n'a plus courage qui se vante : Dix de tes gens sont bons pour leur soixante. Il n'est François qu'un sept n'en confonde; Le juste Dieu veut que sur eux redonde L'énormité de leur conqueste indue :

Terre h tort prise, à droit se voit rendue.

Dieu a sa face inclinée vers toy Et affichié ses yeux en ton emprise ; Sa sainte main a rebaillié convoy, Sens, industrie et courage ù, ton roy.

Pour toy remettre en liberté aprisc.

Donc, s'en toy est ceste bonté bien prise, Tu en dois bien grant louengc ù sa face D'avoir tels biens en l'an joyeux de grâce.

158 LE THUONK AZURE.

Vive tou nom, croisse en tous tcmpB ta gloire, Ton haut triomphe ù, tousjours mais pardurc ! Ton los jamais no parte hors mémoire, Mais soit escript, glorieux en histoire, Comme immortel , eu marbro et pierre dure ; Et soit honneur, paix et bonne aventure Si joints h toy pour gloire avoir suprême, Que ton nom vive apprès le monde extrême.

Et vous Anglois, tirans du bien publique,

Murdriers de peuple, engloutisseurs de vies,

Loups affamés de faim dyabolique

Pour perturber toute foy catholique

Par une ardeur d'insolables envies,

Laissez, laissez vos rapines ravies.

A vous n'afîiert nul si royal partage :

Riens n'y avez que mort pour héritage.

Pensez, pensez, persécuteurs des hommes ;

Persécuteurs, pensez aux vieux outrages

Qu'ont fait vos mains murdrières de preud'hommes,

D'enfans petits et de femmes par sommes,

Cuidans domter les haulx françois courages ;

Trop a donné fortune ses ombrages

A vous, le plus maudit peuple qui vive :

Fuyez-vous-en, que le dyable vous suive !

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