A JEHAN CASTEL
Toutes y sont de grâce habituées ', Loings de péril près Dieu constituées.
D'yeulx de soleil, d'un regard séraphique, Y est paré, dist-Fon ^ le fenestrage.
Où ciel, mer, terre et toute autre fabrique' Te comprent tout comme en fons angélique, Là où n'a point d'encombre, ne d'ombrage ; Tout s'y conçoit sans perte et sans nauffrage*, Qui s'y obombre, et à l'œil s'y présente Saison future et matère présente.
Trompes, clarons qui entour se foisonnent , Et cœurs dedans et par dehors excitent, Parmy les aers s'y misent et résonnent Que les ascouts' en qui leurs clameurs sonnent. Remplis d'ardeur, joyeux s'en ressuscitent Et tellement les mainent et incitent A prendre en eux leur plaisante harmonie. Que la douceur en purge l'àme honnie.
Jardin dedans tout au milieu se treuve, De qui l'odeur précieuse fait vivre, Et dont le fruit qui l'agouste et espreuve , Les yeux délecte et le cœur s'y abreuve. Qui sens endort % et rayson s'y enyvre; Car mis y a le trésor de son vivre Et de son cœur plus excellent nature.
Pour seul suffire à humaine pasture.
' En grâces situées, ms. Célcst. 47.
== Partout, ms. C61est. 47.
^ Et tonte leur fabrique, ms. Célest. 47.
* Dammage, ms. Célest. 47.
* Les asconts, les échos. On lit : les astres, ms. Célest. 47 ; Us estres, ma. 2366 de la Bibl. imp. de Paris.
« le sens s'y dort, ms. de Florence,
Mi. Ki'iSTiU':
Cestui castcl', qui le garde et possède,
Bien est heureux, et nasqui de bonne heure;
Dieu des haulx biens singuliers luy concède,
Mais garde bien que môsusant n'excède
La dignité de si noble demeure.
Castel, rends gloire h Dieu, qui tant t'honneure.
Et mets ton clos en main qui ne loublio :
Un Chastellain, rude homme, t'en supplie.
Feu, main, marteau, fer, englume, font forge; Chacun a art, maistrie et engin, fors je. Mais qu'en feray , si Dieu ne me reforge? En pur or fin ne puis changier gros orge; Qui n'a palais, passer se faut d'un porge. Ce qu'au ventre est, la bouche le desgorge : Quel le mercier, telle la mercerie.
Castel fameux, cler homme, digne gorge. Prenez en gré le salut de George, Soy ojBfrant tout à vostre seignourie^
» Jardin, ms. Célest. 47.
* Castel fit à cette épître la réponse suivante :
Au Chastelain qui George se nomme
Soit donnée ceste épistre présente,
De par celuy qui tant sien se renomme
Que corps et biens humblement luy présente.
Comme ainsi soit, George Chastelain, Que tant de biens ayez de moi rescript, Vu que je suis tant simple chapelain Et moyne lourd indigne en Jhésu-Crist, Et le dy bien que tu dis par escript Ne soit à moy : à toy seul sy l'applique, Comme à celuy dont plus doulx que sucre yst Souef langage et doulee rhétorique.
Car je congnois par les faits que tu fais, Que des facteurs renommés tu es père